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Rome, la VILLe eternelle

Le génie de la Renaissance

Rome, la VILLe eternelle

Au Ier siècle avant J.-C., le poète latin Tibulle invente une formule promise à un destin immense : Urbs Aeterna, la Ville éternelle. Cinq siècles plus tard, en 476, l’empire censé durer toujours s’effondre sous les coups d’un roi germanique. La prophétie semblait démentie. Et pourtant, vingt siècles après, la ville est toujours là, preuve que l’éternité promise n’était pas celle que ses poètes croyaient célébrer.

Virgile pousse la promesse plus loin encore. Dans l’Énéide, il fait dire à Jupiter que Rome recevra un empire sans fin, un imperium sine fine. Ovide et Tite-Live reprennent la formule, qui devient un argument de propagande sous le règne d’Auguste.

Rome s’institue alors comme la ville que les dieux ont choisie pour gouverner le monde indéfiniment. Cette promesse s’inscrit bientôt jusque dans les documents officiels de l’empire lui-même.

En 476, le dernier empereur d’Occident, Romulus Augustule, est destitué par le roi Odoacre, officier d’origine germanique passé du service de Rome à sa conquête. L’empire que Virgile annonçait éternel disparaît en une génération.

À l’inverse de Babylone, de Carthage ou d’Alexandrie, effacées avec la puissance qui les portait, Rome échappe au sort de son empire. Elle devient le siège de la papauté naissante, puis la capitale des États pontificaux pendant plus de mille ans, avant de redevenir, en 1871, la capitale d’une Italie unifiée.

Trois fois détrônée de son rôle impérial, la ville retrouve chaque fois une fonction nouvelle.

Peu de cités au monde peuvent revendiquer une continuité politique, religieuse et culturelle qui traverse près de trois millénaires. Cette endurance tient moins à une faveur surnaturelle qu’à une capacité répétée à changer de fonction sans changer de nom.

Le pouvoir impérial lui a donné sa première grandeur.

Le pouvoir spirituel prend le relais avec une ampleur que l’Empire n’avait jamais atteinte. Rome devient le siège de l’évêché de Pierre, puis la capitale des États pontificaux pendant plus de mille ans, avant de demeurer aujourd’hui la référence spirituelle de 1,4 milliard de catholiques à travers le monde, près d’un habitant de la planète sur cinq.

Le pouvoir artistique s’impose ensuite comme un quatrième visage de cette centralité. Au tournant du XVIe siècle, le pape Jules II fait de Rome le plus grand chantier d’Europe : il confie à Bramante la reconstruction de la basilique Saint-Pierre en 1506, puis à Michel-Ange la voûte de la chapelle Sixtine, peinte entre 1508 et 1512, pendant que Raphaël fresque au même moment les appartements pontificaux.

Rome devient ainsi la capitale artistique de la Renaissance, attirant les plus grands talents d’Italie pour glorifier, cette fois, la beauté plutôt que la force.

Le pouvoir national et culturel s’appuie sur un patrimoine que nul autre pays ne réunit. L’Italie compte 61 sites inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco, davantage que toute autre nation, et Rome en concentre une part disproportionnée, de son centre historique au Vatican.

En 2025, la capitale italienne a battu son record de fréquentation avec 23 millions de visiteurs, dont 12 millions venus de l’étranger, générant plus de 13 milliards d’euros pour la seule région du Latium. Le Colisée demeure à lui seul le monument le plus visité du pays.

Rome règne aujourd’hui sur le plus beau des empires : celui de l’acueil, de l’ attention et du patrimoine.

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Paul Corey