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Le Colisée et Rome

D’abord symbole de la puissance de l’Empire, puis réserve de matériaux pour la Ville éternelle.

Le Colisée et Rome

Aujourd’hui, le Colisée apparaît comme une ruine majestueuse. Pourtant, ce monument n’a jamais été réellement détruit. Pendant près de deux mille ans, il a survécu aux invasions, aux guerres, aux séismes et à l’abandon. Plus étonnant encore : il a contribué à bâtir Rome trois fois. Une première fois comme symbole de la puissance impériale, une seconde fois comme carrière de pierres pour les générations suivantes, une troisième fois comme symbole majestueux de la ville éternelle.

L’histoire commence après la mort de Néron. Au cœur de Rome s’étend alors la Domus Aurea, un immense palais construit pour son usage personnel. Là où se trouvait un lac artificiel réservé à l’empereur, son successeur Vespasien prend une décision hautement politique : remplacer ce symbole du pouvoir individuel par un monument destiné au peuple romain tout entier.

Les travaux débutent vers 72 après J.-C. et s’achèvent sous le règne de son fils Titus en 80. Une partie du financement provient du butin rapporté après la prise de Jérusalem et la destruction du Second Temple de Jérusalem dix ans plus tôt. Le plus célèbre amphithéâtre du monde est donc aussi un monument de victoire militaire.

L’ouvrage est colossal. Long de près de 190 mètres, large de 156 mètres et haut d’environ 50 mètres, il peut accueillir plus de 50 000 spectateurs. Son réseau de couloirs, d’escaliers et d’entrées permet d’évacuer la foule avec une efficacité qui inspire encore les architectes de stades modernes. Une immense toile rétractable, le velum, protège une partie du public du soleil.

Pour les Romains, le Colisée est à la fois un lieu de spectacle, une prouesse d’ingénierie et une démonstration de puissance.

Pendant près de cinq siècles, il remplit cette fonction. Puis l’Empire romain d’Occident disparaît en 476. Les combats cessent, les foules s’évanouissent, mais le monument demeure. Immense, vide et toujours debout.

Au Moyen Âge, il connaît une seconde vie. Des familles s’y installent. On y aménage des ateliers, des entrepôts et même une forteresse. Le Colisée n’est plus perçu comme un patrimoine à préserver mais comme un bâtiment pratique dont on peut réutiliser les espaces.

Les tremblements de terre vont ensuite accélérer son déclin. Celui de 847 l’endommage sérieusement. Mais c’est surtout le séisme de 1349 qui marque un tournant. Une grande partie de la façade extérieure sud s’effondre. Des milliers de tonnes de pierre se retrouvent au sol.

Commence alors une démolition lente qui durera plusieurs siècles. Les blocs de travertin sont récupérés pour construire palais, églises, couvents et demeures aristocratiques. Les agrafes de fer qui relient les pierres sont arrachées et fondues. Une partie de la Rome de la Renaissance est littéralement bâtie avec les matériaux du Colisée.

Le monument sert ainsi une seconde fois à construire la ville. La première en affirmant la grandeur de Rome. La seconde en fournissant les pierres qui permettront à Rome de continuer à grandir.

Le plus remarquable est sans doute qu’il ait survécu malgré tout. Au XVIIIe siècle, l’Église met fin au pillage systématique et place le site sous protection. Les premières consolidations sont entreprises, puis les restaurations se succèdent jusqu’à nos jours.

Ce que contemplent aujourd’hui des millions de visiteurs n’est donc pas seulement une ruine antique. C’est le vestige d’un monument qui a traversé vingt siècles d’histoire, changé plusieurs fois de fonction et participé à la construction de Rome sous deux formes différentes : d’abord comme idée, ensuite comme ressource, aujourd'hui comme mythe.

Paul Corey