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Se diluer dans l' UE à 27, vraiment ? (2/2)

WOW! Media — 3 juin 2026

Se diluer dans l' UE à 27, vraiment ? (2/2)

Second volet d’un diptyque. À lire après « À quoi bon une nation ? », publié hier.

Le premier volet de ce diptyque défendait la valeur de la souveraineté pour l’Ukraine, Taïwan ou l’Algérie. Une question s’impose alors, en miroir, en France. Pourquoi acceptons-nous, depuis trois décennies, que notre souveraineté se diffuse dans l’Union européenne ? Y aurait-il deux poids et deux mesures ? Ou l’Europe ferait-elle exception ?

Aucune exception. Le raisonnement vaut Pour tous, y compris pour nous-mêmes. Et il faut bien constater que l’Europe, dans sa forme actuelle, produit un effet partiellement inverse de celui qu’elle promettait. Elle annonçait l’addition des forces nationales ; elle pratique parfois leur soustraction. Elle se voulait une union au service des peuples ; elle est devenue, par dérive plus que par dessein, une coordination technique qui leur échappe en partie. Le projet d’une Europe qui amplifierait les nations s’est progressivement renversé en une Europe qui les dilue.

Regardons la monnaie. Une devise commune sans cadre budgétaire véritablement intégré, pilotée par une institution dont les décisions s’imposent à des peuples sans contrepartie politique équivalente. Le choix était défendable dans son principe ; il devient fragile dans son exercice, lorsque la politique économique des nations se trouve durablement contrainte sans qu’un débat démocratique européen véritable vienne en équilibrer la portée. C’est une première difficulté.

Regardons le droit. La primauté du droit européen sur les constitutions nationales, indispensable au fonctionnement du marché unique, devient délicate lorsqu’elle s’étend à des matières qui touchent au cœur des choix politiques. Le citoyen national élit ses représentants ; il découvre ensuite que beaucoup de décisions essentielles relèvent d’instances plus distantes, dont la chaîne de légitimité démocratique paraît plus indirecte. C’est une seconde difficulté.

Regardons la gouvernance. Une administration européenne dense et compétente s’est développée à Bruxelles, en miroir des grandes administrations nationales. Compétence et continuité sont des qualités précieuses ; elles deviennent problématiques lorsque l’éloignement du citoyen rend le débat démocratique inaudible. Lorsque les Français votent non en 2005, et que la substance du texte est reprise par voie parlementaire trois ans plus tard, le sentiment d’une démocratie contournée s’installe — quelles que soient les justifications procédurales. C’est une troisième difficulté.

Voilà le cœur. L’idée européenne n’est pas en cause. Elle reste juste, et même nécessaire. À l’échelle d’un monde où montent la Chine et la Russie, où l’Amérique se détourne, où les chaînes industrielles se recomposent, aucune nation européenne ne pèsera seule. La difficulté n’est pas l’Europe ; elle est sa méthode. Nous avons souvent construit une Europe administrative quand il faudrait bâtir une Europe politique. Nous avons fédéré des normes quand il faudrait fédérer des ambitions. La machine fonctionne ; le sens, parfois, semble lui faire défaut.

Il faut donc revoir la stratégie, sans renier le projet. Restituer aux peuples ce qui touche au plus près de leur identité — culture, école, fiscalité, formes d’organisation sociale. Fédérer plus franchement ce qui le mérite — défense, diplomatie, frontières, grandes infrastructures, souveraineté technologique. Apprendre à coordonner plutôt qu’à uniformiser. Construire une Europe où la nation reste le lieu du mandat démocratique, et l’Union le lieu de la force commune. Une Europe qui ajoute davantage qu’elle ne retire.

Alors, et alors seulement, le jeu vaudra vraiment la chandelle. Tant que l’Europe paraîtra diluer, elle perdra l’adhésion de ses peuples. Le jour où elle additionnera pleinement, elle deviendra ce qu’elle aurait toujours dû être : le plus grand projet politique du siècle.

Et ce jour-là dépend de nous.

Paul Corey