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Sébastien Lecornu

Le benjamin du système devenu le plus bref fusible du macronisme

Sébastien Lecornu

Plus jeune à chaque étape de sa carrière, devenu à 39 ans le Premier ministre le plus éphémère de la Ve République.

Né le 11 juin 1986 à Eaubonne, Val-d’Oise. Père technicien aéronautique chez Safran à Vernon, mère secrétaire médicale. Lycée privé catholique Saint-Adjutor en Normandie, brève tentation monastique. Inscription en droit public à Panthéon-Assas, jamais achevée. À seize ans, il prend sa carte à l’UMP.

À dix-neuf ans, plus jeune assistant parlementaire de l’Assemblée nationale, auprès du député eurois Franck Gilard. En 2008, à vingt-deux ans, plus jeune conseiller ministériel du gouvernement Fillon, auprès de Bruno Le Maire aux Affaires européennes. Il y croise Gérald Darmanin, autre assistant parlementaire. Vingt ans d’amitié scellés.

En mars 2014, à vingt-sept ans, plus jeune maire de Vernon. En 2015, président du conseil départemental de l’Eure à vingt-neuf ans : plus jeune président de département de France. En 2017, après l’effondrement de la droite, il rallie Macron.

Les Républicains ouvrent une procédure d’exclusion contre lui.

Secrétaire d’État à la Transition écologique sous Nicolas Hulot : il gère Fessenheim et Notre-Dame-des-Landes. Ministre des Collectivités territoriales en 2018. En 2019, coordination du Grand débat national après les Gilets jaunes. Ministre des Outre-mer en 2020.

En mai 2022, il prend les Armées à trente-six ans.

Trois ans et quatre mois à l’Hôtel de Brienne, traversant trois Premiers ministres. Guerre en Ukraine, livraisons d’armes à Kiev, loi de programmation militaire révisée à la hausse.

Le 11 avril 2025, il est entendu par la brigade de répression de la corruption pour favoritisme : deux expositions facturées 39 900 et 40 000 euros à la société de l’ancien présentateur Jean-Claude Narcy, juste sous le seuil des appels d’offres, lorsqu’il présidait le conseil départemental de l’Eure.

Le 9 septembre 2025, Macron le nomme Premier ministre, septième en cinq ans. Le 5 octobre, il dévoile un gouvernement marqué par le retour de Bruno Le Maire. Tollé immédiat, y compris chez Les Républicains. Il démissionne le 6 octobre : 26 jours, record absolu de brièveté sous la Ve République.

Le 10 octobre, Macron le reconduit.

Le 14 octobre, devant l’Assemblée, il propose la suspension de la réforme des retraites de 2023 jusqu’à janvier 2028. Coût annoncé : 400 millions d’euros en 2026, 1,8 milliard en 2027. Il renonce au 49.3, échappe à la censure grâce à l’abstention socialiste. En janvier 2026, il défend un “budget de compromis” : déficit visé à 5 % du PIB, ni taxe Zucman, ni retour de l’ISF.

La “rupture” promise s’est traduite par la reconduction de douze ministres sortants sur dix-huit. Le 49.3 abandonné s’est mué en engagement de responsabilité du gouvernement. Méthodes héritées de l’Eure : marchés fractionnés sous le seuil légal, fidélité absolue à un président en fin de course.

Ainsi, Sébastien Lecornu aura été le plus jeune partout sauf à Matignon, où il n’aura battu qu’un seul record: la mission la plus courte de la Ve République, avant d’être reconduit pour gérer la fin d’un macronisme qu’il avait rejoint à trente et un ans en quittant la droite qui l’avait formé.

Paul Corey