Vingt-quatre candidats ? Non : six.
Roland-Garros, le 27 mai dernier

La présidentielle sert à conquérir le pouvoir, mais aussi à défendre une cause, négocier une place ou préparer l’avenir. En vérité, tous les candidats ne se présentent pas à la même élection.
Il pleuvait sur Paris le 27 août. Le toit du court Philippe-Chatrier était fermé et sept responsables politiques répondaient au Medef : Gabriel Attal, Raphaël Glucksmann, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, Édouard Philippe, Bruno Retailleau et Marine Tondelier.
Sept sur le court central. Des dizaines autour. Aucune protestation sérieuse.
L’événement de cette rentrée n’était pas le débat. C’était le tri opéré en amont par le Medef.
Le nombre exact de candidats varie selon la définition retenue. Selon les décomptes, on en trouve seize, vingt-quatre ou trente-quatre. La Chaîne parlementaire distingue seize candidatures officiellement déclarées et recense trente-quatre noms lorsqu’elle ajoute les candidatures conditionnelles ou encore possibles.
Ce désordre arithmétique révèle surtout un désordre de vocabulaire : nous appelons « candidat » aussi bien celui qui veut gouverner la France que celui qui saisit la tribune présidentielle pour se faire entendre.
PESER N’EST PAS GOUVERNER
La présidentielle est la plus grande tribune politique du pays. Nathalie Arthaud y porte une voix révolutionnaire. Delphine Batho veut empêcher l’effacement de l’écologie. Asselineau, Philippot et Dupont-Aignan maintiennent ouverte la question européenne.
Karim Bouamrane prépare peut-être 2032. David Lisnard cherche d’abord à imposer une primaire à droite. Xavier Bertrand dispute à Retailleau la représentation de cet espace. Ségolène Royal tente de retrouver une place dans sa famille politique.
Marine Tondelier appartient à cette catégorie intermédiaire. Elle compte dans la recomposition de la gauche, peut peser sur son programme et sur les futures investitures législatives. Mais sa candidature autonome ne dessine pas, à ce jour, un chemin crédible jusqu’à l’Élysée.
Ces candidatures ne sont ni fausses ni inutiles. Elles sont des candidatures à autre chose : une cause, une négociation, une succession, une primaire ou un prochain scrutin.
Elles cherchent à influencer celui qui gouvernera, pas nécessairement à gouverner elles-mêmes.
La distinction est simple. Un candidat au pouvoir doit disposer d’un espace électoral assez large pour espérer atteindre le second tour, d’une force organisée pour conduire une campagne nationale et d’une possibilité crédible de constituer ensuite un gouvernement.
Surtout, il doit pouvoir être placé devant la seule question qui compte vraiment : À qui imposerez-vous le coût de vos promesses — et qui en recueillera le bénéfice ?
Lorsqu’aucun scénario raisonnable ne conduit un candidat jusqu’à l’exercice du pouvoir, examiner son projet comme un futur plan de gouvernement devient artificiel. Il peut tout promettre : il n’aura jamais à signer la facture.
CINQ NOMS POUR LE TRÔNE
À ce jour, cinq candidats remplissent sans ambiguïté les conditions d’une candidature au pouvoir : Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, Édouard Philippe, Gabriel Attal et Bruno Retailleau. Chacun possède un bloc électoral, une organisation et une audience nationale suffisante pour pouvoir prétendre gouverner.
Le sixième candidat viendra probablement de la gauche non mélenchoniste. Son identité n’est pas encore définitivement connue. Raphaël Glucksmann, désormais candidat et engagé dans la primaire sociale-démocrate d’octobre, paraît aujourd’hui le mieux placé. Olivier Faure lui dispute cette position. Les autres participent d’abord au choix de celui qui représentera leur camp.
Tondelier aura probablement du mal à rejoindre cette liste. À droite, en revanche, la place n’est pas vacante. Retailleau a déjà remporté la primaire de son parti sans qu’elle ait lieu : 73,8 % des votants LR l’ont directement désigné. Il est donc incontestablement leur candidat. Bertrand et Lisnard ne lui disputent pas cette investiture ; ils contestent qu’elle suffise à faire de lui le candidat de toute la droite.
Cette première sélection n’est évidemment pas un jugement sur les personnes ou sur leurs idées. Elle évoluera si les rapports de force changent.
Voilà la véritable campagne : non pas vingt-quatre projets présidentiels, mais cinq candidatures au pouvoir et une sixième encore en suspens.
Ce sont celles-là qu’il faut éprouver. Le candidat comprend-il la nature et l’ampleur des impasses françaises — financières, sociales, productives, institutionnelles, migratoires, sécuritaires et européennes ? Son programme est-il à la hauteur ? Dit-il toute la vérité sur les arbitrages et les sacrifices qu’il exigera ? A-t-il construit, avant l’élection, la méthode, l’équipe et les leviers qui lui permettront de gouverner dès le premier jour ?
Les candidats désireux de parler sont nombreux. Ceux qui pourraient réellement devoir décider sont beaucoup plus rares.
Ils sont cinq aujourd’hui, probablement six après la primaire. Peut-être n’en restera-t-il que trois ou quatre à la fin de l’année.
Se présenter, c’est vouloir compter. Demander un mandat, c’est accepter de trancher.
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Paul Corey