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Budget 2027 : comment peut-on être aussi peu courageux et se prétendre « en responsabilité » ?

Édito WOW! · 24 juillet 2026

Budget 2027 : comment peut-on être aussi peu courageux et se prétendre « en responsabilité » ?

Un État de 5,7 millions d’agents, surveillé par une Cour des comptes, une Inspection générale des finances et un Haut Conseil des finances publiques, embauche quatre économistes pour s’entendre dire ce qu’il sait depuis vingt ans. Pendant ce temps, la dette franchit 3 536 milliards d’euros, 117,5 % du PIB.

La compétence abonde. C’est le courage qui a déserté.

Un déficit de 5,1 % du PIB en 2025, le deuxième de la zone euro. Une promesse de repasser sous 3 % en 2029. Pour y parvenir, un Premier ministre qui exclut toute hausse d’impôts, année présidentielle oblige, et qui n’ose nommer aucune coupe.

Le plan de redressement le plus urgent d’Europe est vide.

Le bilan de l’année force l’admiration. Six milliards d’économies annoncés en avril, aussitôt dévorés par les surcoûts du conflit au Moyen-Orient. Puis un courrier de Sébastien Lecornu priant ses ministres de « calmer les ardeurs dépensières ». Un courrier.

Contre un mur de 100 milliards à trouver d’ici 2029 selon la Cour des comptes, le gouvernement dégaine du papier à en-tête.

La croissance elle-même relève de la fiction officielle. Bercy parie sur 0,9 % en 2026. La Banque de France dit 0,5 %, l’Insee 0,7 %.

L’État bâtit sa trajectoire sur un chiffre que ses propres statisticiens démentent.

Pendant ce temps, la dette galope : 75,6 milliards de plus au seul premier trimestre. Son poids a quasiment doublé depuis 2007, de 65,5 % à 117,5 % du PIB. La charge d’intérêts rivalise déjà avec le budget de l’Éducation nationale et filera « jusqu’à 100 milliards » par an, de l’aveu de Roland Lescure. Un impôt différé, prélevé d’avance sur l’hôpital et l’école de demain.

Les marchés ont rendu leur verdict. La France emprunte à dix ans aussi cher que l’Italie et la Grèce. Humiliation inédite. L’institut i-MIP chiffre à 55 % la probabilité de rater la cible de dette de 2029, même si tout le programme est appliqué. L’État joue sa signature à pile ou face.

Le 26 mai, Roland Lescure et David Amiel ont trouvé la parade : une « opération transparence » confiée à Xavier Jaravel, Xavier Ragot, Jean-Luc Tavernier et Natacha Valla — London School of Economics, OFCE, Insee, BCE. Quatre CV irréprochables chargés de chiffrer des scénarios d’économies d’ici 2030. Verdict en juillet, juste avant le budget 2027.

Quatre paratonnerres de luxe, recrutés au frais du contribuable, pour attirer la foudre à la place des ministres.

Car tout est déjà écrit. Le rapport Pébereau détaillait le diagnostic en 2005. La Cour des comptes le photocopie chaque année. Vingt ans d’alertes et de revues de dépenses. La mission d’experts sert à montrer qu’on agit sans agir.

On externalise le diagnostic pour ne pas assumer l’ordonnance.

Les cancres d’hier font désormais la leçon. La Grèce, le Portugal, l’Espagne se désendettent en assumant l’impopularité. La France reste, selon la Cour des comptes, le seul pays de la zone euro dont la dette dépasse encore son niveau de sortie de crise sanitaire. Aucun de ces pays n’a sous-traité son redressement. Tous l’ont engagé.

Reste l’arithmétique, cruelle. À 43,6 % de prélèvements obligatoires, record d’Europe, la matière fiscale est épuisée : tout passera par la dépense. Or chaque dépense a un nom, un visage, un électorat et une élection approche.

Le gouvernement Lecornu a élevé le sursis au rang de doctrine : gagner du temps, passer la balle, permettre au Président de finir son mandat en toute quiétude. Les éléments de langage appellent cela être « en responsabilité ».

L’histoire retiendra une irresponsabilité budgétaire en col blanc.

Le jour où les créanciers se lasseront de ce théâtre, les coupes se feront dans l’urgence, dictées de l’extérieur. Réformer ou être réformé : en choisissant l’immobilisme, l’exécutif choisit le transfert de souveraineté. Il le sait mais ne l’assume pas.

Tout cela finira mal.

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Paul Corey