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Gouvernance mondiale : et si personne ne gouvernait ?

Édito WOW! · 10 juin 2026

Gouvernance mondiale : et si personne ne gouvernait ?

Dans les années 1970, sept pays détenaient les deux tiers de la richesse mondiale. Ils en représentent aujourd’hui moins de la moitié, pour à peine 10 % de l’humanité. Le club du G7 qui prétend encore fixer les règles de la planète n’en réunit même plus la majorité.

Depuis 1945, les grandes puissances n’ont jamais cessé d’inventer des structures pour organiser leurs relations et conjurer le chaos. Quatre coexistent aujourd’hui, et se concurrencent.

Le G7, club historique de l’Occident.

L’Organisation de coopération de Shanghai, bloc eurasiatique en pleine ascension.

L’ONU, forum universel à bout de soufle.

L’Union européenne, laboratoire supranational sans équivalent.

Quatre architectures, quatre logiques : l’hégémonie, la souveraineté, l’universalisme, l’intégration.

Les chifres tranchent. Le centre de gravité économique s’est déplacé. En valeur nominale, le G7 contrôlait près des deux tiers de la richesse mondiale dans les années 1970 ; il en pèse aujourd’hui environ 45 %. Mesurée en parité de pouvoir d’achat, sa part est tombée sous les 30 %, dépassée par les BRICS dès 2019.

Dans le même mouvement, l’OCS a vusa part du PIB mondial quintupler, de 5 % en 2001 à près de 23 % aujourd’hui. L’Occident pèse encore lourd. Il ne pèse plus seul.

Là réside la faiblesse du G7. Comment un cercle fermé, qui réunit moins d’un milliard d’habitants, peut-il prétendre écrire les normes de huit milliards ? Sa force est son homogénéité de valeurs. Cette force est aussi sa limite : elle exclut. Les pays du Sud lui reprochent de fixer les règles sans les y associer. Le centre de l’économie mondiale n’est plus son centre démographique, ni bientôt son centre de décision.

En miroir surgit l’OCS. Quarante-deux pour cent de l’humanité, un cinquième des réserves mondiales de pétrole, des échanges qui s’afranchissent peu à peu du dollar. Elle ne prétend imposer aucune valeur universelle : elle garantit à chaque État la pleine disposition de son régime et de ses alliances. Sa puissance est réelle. Mais elle réunit des rivaux que rien ne lie en profondeur; l’Inde et la Chine, l’Inde et le Pakistan. Sa masse en fait un contrepoids puissant, encore privé de projet commun.

Restent les deux impuissants. L’ONU proclame le droit sans pouvoir le contraindre : son Conseil de sécurité demeure prisonnier de l’architecture de 1945, où cinq vétos sufisent àntout bloquer. Son budget annuel avoisine 3,7 milliards de dollars, quand les dépensesnmilitaires mondiales ont atteint 2 700 milliards. La disproportion résume tout.

L’UE, elle, tente de réussir l’inédit : vingt-sept États ont cédé une part de leur souveraineté à des institutions communes. Mais sa politique étrangère reste soumise à une unanimité qu’un seul membre peut paralyser. Elle délibère sans toujours décider.

Le paradoxe est constant, et il gouverne le tout. Plus une institution est légitime, moins elle est efficace. Plus elle est efficace, moins elle est représentative. Aucune de ces quatre architectures ne gouverne réellement le monde. Elles se partagent, se neutralisent et se recomposent dans un équilibre que nul ne maîtrise.

La trajectoire, pourtant, est déjà lisible. Le monde glisse vers un ordre multipolaire que l’hégémonie occidentale devra apprendre à partager. Aucun scénario pur ne s’imposera, ni le G10 élargi, ni l’Eurasie triomphante, ni l’ONU enfin réformée, ni l’Europe fédérale.

Le plus probable est un compromis instable. Le pouvoir mondial fonctionne comme un équilibre : il se négocie, il se dispute, il se recompose sans répit.

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Paul Corey