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23 octobre : Moody’s

Moody’s ne jugera pas seulement notre dette. L'agence jugera notre capacité à reprendre le contrôle.

23 octobre : Moody’s

La France emprunte désormais à près de 5 % sur dix ans. Un gestionnaire d’actifs japonais vient de vendre la totalité de ses obligations françaises. Dans quinze jours, Moody’s rend son verdict. Le pays découvre que sa signature a un prix, et que ce prix se fixe ailleurs.

Le 23 octobre, une agence américaine fera ce que les gouvernements successifs repoussent depuis des décennies : regarder la dette française en face et en tirer les conséquences.

Moody’s note aujourd’hui la France Aa3, assortie d’une perspective négative, l’antichambre de la sanction. Le couperet est levé. Il reste à savoir s’il tombera.

Les signaux s’accumulent.

Le 2 octobre, Sumitomo Mitsui DS Asset Management annonce avoir cédé l’intégralité de ses titres d’État français. Le montant reste inconnu. Le symbole, lui, pèse lourd.

Un créancier inquiet ne défile pas, ne pétitionne pas, ne prévient pas : il vend ses titres en silence et va prêter ailleurs.

La défiance des marchés avance à pas feutrés, et ses premiers pas se lisent dans les portefeuilles bien avant de s’entendre dans les débats.

Le prix de cette défiance s’affiche désormais en clair.

L’écart avec l’Allemagne, qui emprunte autour de 3,5 %, atteint 1,4 point. En février, il plafonnait à 0,55. En huit mois, il a presque triplé.

C’est la prime de l’indécision et de l’immobilisme. Chaque obligation émise la paie. Chaque budget reporté l’alourdit. Chaque crise parlementaire la grossit. Elle se règle en milliards d’intérêts, soustraits aux écoles, aux hôpitaux, à l’investissement.

Moody’s a déjà annoncé la couleur.

Trois semaines avant son verdict, l’agence a publiquement douté de la capacité française à voter son budget 2027 et à engager un redressement durable. Elle estime même que les blocages politiques survivront à l’élection présidentielle.

Le diagnostic dépasse une équipe ou une majorité. Il vise l’architecture même de la décision publique française, sa capacité à trancher.

À Bercy, le discours s’ajuste déjà.

Le ministre de l’Économie promet de tout faire pour faire adopter le budget et évoque un recours accru aux emprunts de plus courte échéance, moins coûteux que la dette longue. La manœuvre rappelle celle du ménage qui renégocie son crédit tous les deux ans pour alléger ses mensualités : il respire aujourd’hui, et s’expose à chaque échéance.

Revenir plus souvent devant les prêteurs, c’est leur offrir plus souvent l’occasion de dire non. La pression se gère. La dette demeure.

Une dégradation ne provoquera pas d’effondrement mécanique. Une part de la défiance est déjà intégrée dans les taux. Mais elle accélérera le retrait de certains investisseurs et resserrera le cliquet : taux plus élevés, intérêts plus lourds, déficit creusé, nouveaux emprunts.

Chaque tour de manivelle rend le suivant plus probable. Le piège se referme lentement.

Avant, la dette française se finançait dans l’indifférence. Pendant les années de taux nuls, et parfois négatifs, emprunter ne coûtait presque rien et l’endettement ressemblait à une ressource inépuisable.

Aujourd’hui, l’argent a retrouvé un prix, et ce prix reflète la confiance. La Grèce en 2010, l’Italie en 2011 ont appris à leurs dépens ce qui arrive quand un État attend trop : d’autres finissent par écrire les conditions à sa place.

La Banque centrale européenne dispose d’instruments pour contenir une panique, mais aucun ne garantit un sauvetage automatique. Certains exigent que la France démontre la crédibilité de son redressement. D’autres supposent un programme d’assistance assorti de conditions.

Le filet européen n’est pas un matelas. C’est un contrat.

Le gouvernement connaît les chiffres, les échéances, les avertissements. Il ne pourra pas prétendre avoir été surpris.

L’urgence est triple. Voter un budget à l’heure, pour rompre avec le spectacle de l’impuissance. Inscrire le redressement dans une trajectoire pluriannuelle capable de survivre aux alternances. Faire de l’épargne nationale un levier de souveraineté, pour que la dette française redevienne d’abord l’affaire des Français.

La souveraineté budgétaire se reconquiert lentement, mais elle se perd en un trimestre.

Le 23 octobre ne sera peut-être qu’une alerte de plus. Moody’s peut maintenir sa note, les marchés peuvent accueillir sans émotion une dégradation déjà anticipée.

La question essentielle demeurera : voulons-nous décider nous-mêmes de notre redressement, ou attendre que nos créanciers nous l’imposent ?

UN SUJET. UN ÉDITO. DES IDÉES. UN FONDS.

Libre. Indépendant. Différent. Nécessaire.

Paul Corey