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Villa Médicis : exception française ou gabegie dorée ?

Quinze millions d’euros par an, moins de vingt pensionnaires : quand le prestige culturel dispense de rendre des comptes.

Villa Médicis : exception française ou gabegie dorée ?

La France vit a crédit. Ce soir, l’agence de notation MOODY’S va très probablement dégrader sa dette. La charge de la dette va bientôt dépasser 100 milliards.

Mais, chaque année, elle trouve quinze millions pour entretenir un palais à Rome, au fonctionnement singulier, sans équivalent pour aucun autre pays, soit 300 millions en valeur nette présente (perpétuité à 5% des OAT 10 ans). Une goutte d’encre qui colore tout le verre...

Fondée par Louis XIV en 1666, installée à Rome par Bonaparte en 1803, l’Académie de France avait une mission limpide : former les meilleurs artistes français au contact de la Renaissance et des chefs-d’œuvre italiens. Aujourd’hui, la France finance une résidence internationale aux résultats improbables

Plus de 700 candidats pour moins de vingt places. Le directeur de la Villa Médicis préside le jury, en nomme lui-même six des huit membres et dispose d’une voix prépondérante. Ouvert à tout francophone déjà professionnel, sans condition de nationalité, le concours juge un projet sur dossier puis audition, sans grille de critères publiée.

Seule la liste des lauréats est rendue publique : lee délibérations sont confidentielles, aucun choix n’est motivé.

Une fois admis, le pensionnaire touche 3 500 euros par mois, logé gratuitement. Une seule obligation : résider à la Villa. Aucune œuvre exigée. Aucune restitution. Aucun bilan.

La participation à la programmation reste une simple invitation. Nul ne vérifie, au terme de l’année, ce que l’argent public a produit.

Le Prix de Rome a disparu en 1968, au nom de l’ouverture et de la modernité. L’élitisme n’a pas disparu mais changé de procédure. Et de bénéficiaires. L’institution accueille désormais des artistes de toutes nationalités, aux frais du contribuable français, sans aucun retour.

L’internationalisation peut servir le rayonnement français. Encore faut-il en démontrer les bénéfices.

L’Allemagne privilégie ses artistes à la Villa Massimo. L’American Academy in Rome mobilise largement le mécénat privé. La France, fidèle à sa tradition, préfère la générosité publique.

Quinze millions d’euros, c’est aussi de quoi financer des centaines de bourses artistiques ou créer des ateliers dans nos territoires.

Trois décisions s’imposent. Très simples:

1. Donner la priorité aux artistes français, ou faire cofinancer les résidences internationales.

2. Exiger de chaque pensionnaire une restitution publique : œuvre, exposition, transmission.

3. Publier une évaluation indépendante des résultats et des parcours des bénéficiaires.

Il ne s’agit ni de vendre la Villa, ni de renoncer à notre présence culturelle à Rome. Il s’agit de rappeler une évidence oubliée : l’argent public n’est pas une décoration du patrimoine national.

L’argent public doit construire notre patrimoine, servir une mission, produire des résultats et faire l’objet de comptes rendus. Le contribuable français mérite mieux.

Paul Corey