Arcom : l’extrême-centre en panique xxl ?
Pluralisme : deux poids, deux mesures...

Il fut un temps où le pluralisme consistait à permettre à plusieurs opinions d’exister.
La France invente autre chose : une administration chargée de vérifier que certaines opinions ne reviennent pas trop souvent dans certains médias. Non pas la pluralité des médias, ni la pluralité des opinions, mais la pluralité des deux dans la durée pour certains médias privés. Selon des critères subjectifs et opaques…
L’Arcom reproche désormais à CNews « la répétition marquée, d’une séquence à l’autre, des mêmes commentaires et opinions » concernant l’action du gouvernement. Le temps de parole est respecté. Les règles historiques sont respectées. Les quotas politiques sont respectés. Mais cela ne suffit plus.
Le problème n’est plus ce qui est dit. Le problème est la fréquence avec laquelle c’est dit sans contradictoire. Combien de critiques du gouvernement une chaîne a-t-elle le droit de diffuser ? Trois par jour ? Dix par semaine ? Une par émission ? Personne ne le sait.
L’Arcom ne le dit pas. Elle parle de « déséquilibre manifeste et durable » sans définir ni le déséquilibre, ni sa durée, ni son seuil. Le droit cède la place à l’appréciation.
Pour le juge, l’ humeur devient règle.
Maxime Saada résume cela avec une précision redoutable : « Dites ce que vous voulez, à condition de dire aussi ce que l’autorité veut entendre. »
L’Arcom ne contrôle plus seulement les temps de parole. Elle examine l’ordre des séquences, les éditoriaux d’ouverture, le ton des animateurs, l’orientation des débats. Elle ne régule plus seulement le respect des règles. Elle apprécie la ligne éditoriale.
C’est un changement de nature, pas de degré.
Aucun quotidien français n’est neutre. Le Monde ne l’est pas. Libération ne l’est pas. Le Figaro ne l’est pas. France Inter ne l’est pas davantage. Les journalistes ont des sensibilités, les rédactions des cultures, les médias des angles.
C’est précisément cela, le pluralisme : des voix différentes, assumées, reconnaissables.
La différence est que certains médias bénéficient d’une présomption de légitimité tandis que d’autres doivent désormais démontrer qu’ils ne pensent pas trop souvent la même chose.
Pour “certains” - surtout, voire exclusivement, ceux qui dérangent - le pluralisme se transforme en obligation de contradiction permanente.
Maxime Saada connaît le sujet. Il a déjà vu disparaître C8. Une chaîne regardée par des millions de téléspectateurs privée de sa fréquence par une décision administrative. Non parce qu’elle était marginale. Précisément parce qu’elle était populaire.
L’audience ne protège plus, elle devient circonstance aggravante.
Saada affirme ne connaître aucune autre démocratie où un régulateur ait retiré sa fréquence à une chaîne nationale privée dans des conditions comparables.
Ce constat devrait provoquer un débat national de toute première importance pour notre démocratie car, dans le contexte de 2027, le problème dépasse largement CNews.
Un régulateur chargé d’empêcher les abus est indispensable. Un régulateur chargé d’apprécier la bonne fréquence des opinions devient autre chose : un ministère de l’équilibre idéologique, sans mandat électif, sans seuil défini, sans recours réel.
À partir du moment où une administration peut considérer qu’une critique revient trop souvent, aucune ligne éditoriale n’est réellement libre. La règle n’est plus juridique mais devient psychologique.
On n’interdit pas. On fait pression. On ne censure pas. On décourage. On ne ferme pas les médias. On leur apprend quelles lignes éditoriales deviennent risquées.
Tout cela est parfaitement inacceptable.
Pour reprendre le mot de Saada, la “liberté de la presse”, tous médias confondus, ne peut pas se laisser raboter.
Paul Corey