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Audiovisuel public : et si le vrai scandale était le refus de la preuve ?

Édito WOW! · 28 avril 2026

Audiovisuel public : et si le vrai scandale était le refus de la preuve ?

Jamais l’audiovisuel public n’a aligné autant de chartes, de comités d’éthique et de régulateurs. Jamais la défiance n’a été aussi profonde. Le problème n’est plus le manque de règles ni d'autorités de contrôle. C’est leur incapacité à produire de la confiance.

En France, l’audiovisuel public coûte près de 3,8 milliards d’euros par an. Au Royaume-Uni, la BBC en absorbe 3,7 milliards de livres. Deux institutions vénérables, cadenassées de garanties. Et pourtant, des deux côtés de la Manche, les mêmes polémiques.

Outre-Manche, un documentaire de la BBC vient d’être accusé d’avoir, par un montage suspect, déformé un discours de Donald Trump. En France, des images captées hors antenne ont relancé l’éternelle question de la proximité entre journalistes et responsables politiques. Dans les deux cas, le débat n’est plus celui de l’impartialité réelle. C’est celui de la crédibilité.

Pendant des décennies, l’audiovisuel public reposait sur un pacte implicite : financé par tous, il devait parler pour tous. Ce pacte se fissure. Non à cause d’un scandale unique, mais par une sédimentation lente du doute.

Le premier mécanisme est sociologique. Mêmes écoles, mêmes références, mêmes réflexes : l’homogénéité des rédactions produit des angles récurrents et des biais souvent inconscients. Ce n’est pas de la manipulation. C’est plus subtil — une vision du monde qui se prend pour le monde lui-même. Le pluralisme proclamé masque parfois une convergence silencieuse.

Le second est institutionnel. L’Arcom, l’Ofcom, leurs cousins européens : régulateurs calibrés pour traiter des problèmes techniques de conformité, alors que la crise est devenue culturelle. On ne répond pas à une défiance de société par une procédure administrative.

Et peut-être faut-il aller encore plus loin. L’idée même d’une neutralité parfaite est une fiction. Toute information est choix — sujet, hiérarchie, cadre, ton, montage. Il n’existe pas de regard sans point de vue. Le problème n’est pas qu’il y ait des biais. Le problème est de continuer à prétendre qu’il n’y en a pas.

C’est ici que tout se renverse.

La question n’est pas de démanteler l’audiovisuel public. Dans un espace saturé d’algorithmes, de polarisation et de logiques d’audience, il reste l’un des rares lieux possibles d’une information exigeante accessible à tous. Le supprimer serait une faute. Mais le conserver sans le transformer en serait une autre, peut-être bien plus grave.

Car l’époque a changé. Hier, l’institution disait : “faites-nous confiance“. Aujourd’hui, le public est sollicité par mille et un nouveaux médias et répond : “prouvez-le nous que vous méritez notre confiance”

La vraie réforme n’est donc pas d’empiler des déclarations d'intentions ou des règles sur les règles. Elle est de passer d’une autorité proclamée à une impartialité démontrée.

Rendre visibles les arbitrages éditoriaux. Assumer publiquement les erreurs. Ouvrir les processus plutôt que les sacraliser. Accepter un contrôle indépendant, rapide, crédible. Au final, renverser la charge de la preuve.

C’est peut-être cela, désormais, la condition de survie d’un audiovisuel vraiment public. Car en 2026, la vraie question n’est plus : les médias publics sont-ils biaisés ? Mais, pourquoi refusent-ils de montrer qu’ils ne le sont pas ?

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Paul Corey