Lire le livre

Audiovisuel public : rapport d’enquête parlementaire -- FICTION 2031

Version non édulcorée — usage interne

Audiovisuel public : rapport d’enquête parlementaire -- FICTION 2031

SYNTHÈSE EXÉCUTIVE

L’audiovisuel public français — France Télévisions, Radio France, France Médias Monde, INA — regroupe les principaux médias financés par la puissance publique, pour un budget annuel d’environ 3,8 à 4 milliards d’euros, désormais pris en charge quasi intégralement par l’impôt, soit près de 60 € par habitant et par an.

Ce que cet argent public finance ressemble moins à un service public qu’à une rente organisée — pour ceux qui y travaillent, pour ceux qui en vivent, et pour ceux qui s’en servent politiquement. Le reste est littérature de rapport.

§ 1 – Conflits d’intérêts

Le copinage institutionnalisé.

Le rapport officiel parle de « porosité » entre l’audiovisuel public et les producteurs privés. Le mot juste est consanguinité. Des directeurs quittent le public, rejoignent des boîtes de production, reviennent signer des contrats avec leurs anciens employeurs.

L’État finance la création de ceux qui connaissent les gens qui financent la création. Aucune transparence ni régulation sérieuse n’existe. Les conflits d’intérêts sont promus. Et la Cour des comptes rédige des rapports qui dorment dans les tiroirs.

§ 2 — Gestion budgétaire

L’argent public comme droit acquis, pas comme responsabilité.

Dans une entreprise privée, la dépense irresponsable conduit à la faillite. Dans l’audiovisuel public, elle conduit à une demande de budget supplémentaire. L’absence de risque est le moteur du système.

Aucune dépense n’est excessive « prise isolément ». Mais l’addition d’une infinité de dépenses raisonnables produit un résultat déraisonnable. Ce biais structurel — encourager la dépense, ne jamais sanctionner l’inefficacité — est une faute de gouvernance, pas seulement un accident de gestion.

§ 3 — Ligne éditoriale

Ni audience, ni culture. Le vide érigé en identité.

Les lignes éditoriales révèlent un modèle tiraillé entre plusieurs logiques difficilement conciliables. France 2 cherche à rivaliser avec TF1 sur le terrain du divertissement et des grandes audiences, au risque de brouiller sa spécificité de service public. À l’opposé, France Culture assume une exigence intellectuelle élevée qui ne touche qu’une fraction réduite de la population, posant la question de l’équilibre entre mission culturelle et diffusion de masse. Arte incarne une forme d’idéal, avec une production reconnue pour sa qualité et son rayonnement, mais dont le financement reste limité au regard de ses ambitions. Quant à France 5 semble s’inscrire dans une logique de continuité, occupant un espace utile mais sans positionnement stratégique clairement renouvelé.

L’ensemble dessine un paysage fragmenté, où coexistent concurrence avec le privé, exigence culturelle, recherche d’utilité et inertie institutionnelle.

La « double exigence » audience et culture devient un alibi permanent : elle autorise tous les choix sans jamais imposer de véritable critère d’évaluation. Au final, un audiovisuel public qui emprunte au privé ses logiques de divertissement tout en conservant ses coûts publics cumule les contraintes sans assumer clairement sa mission — ni pleinement compétitif, ni pleinement distinctif.

§ 4 — Impartialité

Le militantisme déguisé en uniforme de journaliste.

Le rapport évoque prudemment une « zone grise » sur les réseaux sociaux. Traduction sans euphémisme : des journalistes expriment publiquement des positions politiques tranchées sur des sujets qu’ils couvrent — et leurs rédactions tolèrent cela parce qu’elles partagent souvent ces mêmes positions.

L’impartialité repose d’abord sur une culture professionnelle partagée ; lorsqu’elle est perçue comme fragile, la confiance s’érode — et cela se mesure. En France, seuls 44 % des citoyens déclarent faire confiance aux médias en général, et à peine 50–55 % aux médias de service public, avec des écarts marqués selon les sensibilités politiques (Reuters Institute for the Study of Journalism, Digital News Report 2024 ; La Croix / Kantar, Baromètre de la confiance dans les médias 2024).

Autrement dit, une part significative du public — parfois majoritaire selon les segments — ne croit plus pleinement à l’impartialité du service public d’information.

§ 5 — Transition numérique

En retard d’une guerre, deux budgets d’avance.

Des années de comités de pilotage, de rapports de consultants, de roadmaps stratégiques. L’argent était là. Et France.tv qui charge toujours moins vite que Netflix. Le service public aurait pu inventer l’équivalent de BBC iPlayer en 2010. Il était mieux financé.

C’est le choix du status quo, pas un retard technologique. La dispersion entre entités multiples en est la conséquence institutionnelle. Chaque structure protège son territoire. La coordination est la dernière priorité de ceux dont le poste dépend de la non-coordination.

§ 6 — Gouvernance

L’indépendance : le mot qu’on utilise pour protéger l’influence.

L’ARCOM nomme, surveille, sanctionne parfois. En pratique, les nominations passent par des circuits dont l’Élysée n’est jamais loin.

“L’indépendance” désigne surtout l’absence de contrôle démocratique. Ce système opaque est confortable pour tout le monde : les dirigeants qui gouvernent sans rendre de comptes, les politiques qui influencent sans en porter la responsabilité, les syndicats qui négocient à l’abri.

§ 7 — Scénarios de réforme

Ce qu’on dira dans le vrai rapport ?

Scénario A — La fusion. Regrouper France Télévisions, Radio France et France Médias Monde, supprimer les doublons. Économie estimée : plusieurs centaines de millions. Probabilité de mise en œuvre : nulle. Trop de postes supprimés. Trop de syndicats mobilisés. Trop de journalistes prêts à couvrir leur propre grève en direct.

Scénario B — La spécialisation radicale. Sortir de la concurrence avec le privé. Information, culture, éducation, accès aux territoires — et rien d’autre. Ce scénario suppose un courage politique que personne n’a manifesté à ce jour.

Scénario C — La vérité budgétaire. Dire aux Français que près de quatre milliards par an pour ce résultat, c’est un choix politique plus qu’une nécessité démocratique. Et que ce choix mérite un vrai débat, voire un référendum, pas un rapport tous les cinq ans archivé entre deux commissions.

CONCLUSION FICTION (SANS NUANCE NI PRÉCAUTION)

Ce rapport fictif a un mérite : il force à regarder en face ce que beaucoup préfèrent contourner.

L’audiovisuel public n’a pas tant dérivé qu’il s’est progressivement éloigné de ses propres fondements, sans rupture visible, sans véritable résistance — parce que chacun, à sa manière, y trouvait un équilibre acceptable.

Le résultat est un système installé, peu questionné sur ses finalités, souvent jugé sur ses intentions plus que sur ses effets.

Dans dix ans, une nouvelle commission dressera sans doute un diagnostic similaire : mêmes constats, mêmes tensions, mêmes prudences — et, faute de clarification, les mêmes ambiguïtés reproduites.

Paul Corey