Bill Clinton
Il a su équilibrer le budget de l’Amérique. Dommage que son mensonge en ait assombri le souvenir...

L’homme qui a transformé le déficit américain en excédent budgétaire tout en mentant sous serment à 300 millions d’Américains.
Né le 19 août 1946 à Hope, Arkansas, trois mois après la mort de son père dans un accident de voiture. Sa mère, infirmière, l’élève entre deux mariages difficiles — son beau-père, Roger Clinton, est un alcoolique violent. Bill prend son nom au lycée. L’enfance est celle d’un médiateur perpétuel entre adultes en crise. Il en tire une intelligence émotionnelle hors norme et une capacité à séduire tous les publics.
En juillet 1963, à dix-sept ans, il serre la main de John F. Kennedy à la Maison-Blanche. La trajectoire est fixée. Georgetown, puis Oxford en Rhodes Scholar, puis Yale Law School en 1973. Il rencontre Hillary Rodham sur les bancs de Yale. En 1974, il perd une élection pour le Congrès. En 1976, il devient procureur général de l’Arkansas.
En 1978, à trente-deux ans, il est élu gouverneur — le plus jeune des États-Unis à ce poste.
Battu en 1980, réélu en 1982, il gouverne l’Arkansas pendant douze ans. Il modernise l’éducation, institue des tests de compétence pour les enseignants, équilibre conservatisme et progressisme. Il préside le Democratic Leadership Council, poussant les démocrates vers le centre. Le 3 novembre 1992, il bat George H.W. Bush avec 43 % des voix, grâce au troisième candidat Ross Perot qui capte 19 % du vote républicain.
Président à quarante-six ans, il hérite d’un déficit fédéral de 290 milliards de dollars. En huit ans, il le transforme en excédent : 236 milliards en 2000.
Le taux de chômage tombe de 7,3 % à 4 %. Vingt-deux millions d’emplois créés. Il signe la NAFTA en 1993, réforme l’aide sociale en 1996, intervient militairement en Bosnie et au Kosovo.
Son taux d’approbation atteint 73 % à la fin de son mandat — le plus haut depuis Roosevelt.
En janvier 1998, la relation avec Monica Lewinsky, stagiaire de vingt-deux ans, éclate publiquement. Le 26 janvier, il déclare devant les caméras : “Je n’ai pas eu de relations sexuelles avec cette femme.” C’est faux. Il a menti sous serment lors d’une déposition.
Aux États-Unis, la procédure d’impeachment se déroule en deux étapes. En décembre 1998, la United States House of Representatives vote la mise en accusation de Bill Clinton pour parjure et obstruction à la justice dans l’affaire Monica Lewinsky. Cela signifie qu’il est officiellement impeached (mis en accusation), mais pas encore destitué. Le procès a ensuite lieu au United States Senate, où il faut une majorité des deux tiers, soit 67 sénateurs sur 100, pour le condamner et le destituer. Le 12 février 1999, le vote donne 55 sénateurs contre la condamnation et 45 pour : le seuil de 67 n’étant pas atteint, Clinton est acquitté par le Sénat. Il reste donc président : impeached, mais non destitué.
Son bilan législatif reste ambigu. La réforme de l’aide sociale réduit les bénéficiaires de 12,2 à 5,3 millions — mais 900 000 enfants basculent sous le seuil de pauvreté. La loi sur la criminalité de 1994 finance 100 000 policiers supplémentaires, mais impose des peines minimales qui surpeuplent les prisons pendant deux décennies. La déréglementation financière de 1999 — la loi Gramm-Leach-Bliley — démantèle le Glass-Steagall. Huit ans plus tard, la crise des subprimes subvient…
Depuis 2001, la Fondation Clinton lève plus de 2 milliards de dollars pour la santé mondiale, le VIH, le développement. En janvier 2026, il témoigne à huis clos devant la commission parlementaire enquêtant sur Jeffrey Epstein, avec lequel il a partagé plusieurs vols en jet privé. Il déclare n’avoir “rien vu, rien fait de mal”.
Ainsi, Bill Clinton reste la figure la plus contradictoire de la politique américaine moderne : architecte d’une prospérité inédite et d’un mensonge sous serment, réformateur centriste dont les déréglementations ont semé les graines de la crise de 2008, philanthrope mondial rattrapé par des fréquentations qu’aucune explication satisfaisante n’a encore éclairées.
Paul Corey