Claire Thoury
Faire du CESE la vitrine d'une démocratie participative sans risque.

À trente-sept ans, elle devient la première femme à présider une institution que la République menace régulièrement de supprimer. Elle entend prouver qu’on l’écoute.
Claire Thoury naît le 27 mai 1989 à Soissons, dans l’Aisne. Baccalauréat en 2007, licence puis master à la Sorbonne-Nouvelle, master 2 de communication politique à Panthéon-Sorbonne en 2012-2013. Pas de grande école, pas de parti.
En mai 2010, à vingt et un ans, elle est élue vice-présidente étudiante de la Sorbonne-Nouvelle. L’université sera son premier terrain politique.
En 2013, elle entame un doctorat de sociologie tout en rejoignant le cabinet de l’adjoint au maire de Paris chargé des universités. Sa thèse, soutenue en 2017, s’intitule « L’engagement étudiant dans un monde d’individualisation ».
Elle étudie l’engagement en même temps qu’elle en fait profession. L’objet de recherche devient plan de carrière.
En février 2017, elle est nommée déléguée générale d’Animafac, réseau des associations étudiantes. En avril 2021, à 31 ans, elle prend la présidence du Mouvement associatif : 700 000 associations fédérées, la moitié du total français. Elle alerte sur la crise de financement qui frappe le tissu associatif.
La même année, le Mouvement la désigne conseillère au CESE.
L’ascension interne est méthodique. En 2022, elle préside la commission temporaire « Participation démocratique », qui intègre des citoyens tirés au sort. De décembre 2022 à avril 2023, elle préside le comité de gouvernance de la Convention citoyenne sur la fin de vie : 184 citoyens tirés au sort, neuf sessions, 27 jours de travaux.
Le rapport est remis à Emmanuel Macron le 3 avril 2023. Le projet de loi qui en découle est interrompu par la dissolution de juin 2024.
À l’automne 2025, elle annonce sa candidature à la succession de Thierry Beaudet. Mutualiste de carrière, il a présidé le CESE de 2021 à 2026. Face à elle, Dominique Carlac’h, ancienne vice-présidente du Medef. Le 30 mars 2026, la CFDT, la CGT et la CFE-CGC signent un communiqué de soutien.
Le monde associatif contre le monde patronal.
Le 20 mai 2026, elle est élue avec 97 voix sur 173 votants, contre 74 pour sa rivale.
L’institution qu’elle reçoit est fragile. Troisième chambre constitutionnelle, le CESE conseille le gouvernement sans le lier. Ses 175 conseillers — 233 avant la réforme de 2021 — coûtent environ 44 millions d’euros par an. Ses avis sont rarement suivis. Sa suppression revient périodiquement dans le débat public.
Aucun de ses présidents n’a jamais marqué l’opinion.
Elle promet une rupture de méthode : « une programmation politique assumée », de nouveaux formats d’avis, un conseil « en temps réel » inscrit dans le calendrier parlementaire. Elle veut faire du CESE « un repère dans ces temps troublés ». Depuis 2023, elle enseigne à l’ENS. Depuis 2024, elle est cheffe de projet au Crédit Mutuel Alliance Fédérale.
Les casquettes s’accumulent.
Son parcours interroge. Jamais élue au suffrage universel, jamais ministre, jamais dirigeante d’entreprise. Une carrière entièrement construite dans les instances consultatives : conseils d’orientation, comités stratégiques, conventions citoyennes.
La sociologue qui analysait l’engagement des jeunes préside désormais une institution qui voit dans la démocratie participative le moyen de justifier son rôle.
Ainsi, Claire Thoury devra démontrer en cinq ans qu’une assemblée sans pouvoir peut peser sur la décision publique ou incarner malgré elle le paradoxe d’une démocratie consultative qui parle beaucoup et ne gouverne jamais.
Paul Corey