Communisme
WOW! Kit de survie lexical . 2026

Un mot qui a porté l’espoir de millions d’hommes et présidé à la mort de dizaines de millions d’autres. Qui reste le seul terme politique du XXe siècle à avoir été à la fois une absolue utopie philosophique, un régime d’État, une discipline de parti et une expérience vécue par plus wd’un tiers de l’humanité. On ne le prononce pas impunément, ni dans un sens ni dans l’autre.
Le communisme est une doctrine qui vise l’abolition de la propriété privée des moyens de production, la suppression des classes sociales et, à terme, le dépérissement de l’État lui-même, devenu inutile dans une société où personne n’exploite personne.
Il ne s’agit pas simplement de redistribuer les richesses, mais d’en transformer radicalement le mode de production et d’appropriation. Son horizon est une société sans État, sans classes, sans aliénation : chacun contribue selon ses capacités, chacun reçoit selon ses besoins.
Le mot est ancien. Il circule dans les sociétés secrètes françaises des années 1830 mais c’est Marx et Engels qui lui donnent en 1848, dans le Manifeste, sa formulation la plus percutante et la plus durable. Le capitalisme, selon eux, porte en lui les germes de sa propre destruction : en concentrant le prolétariat, il forge l’agent de sa propre négation.
L’histoire n’est pas un cycle mais une progression dialectique et le communisme en est l’aboutissement nécessaire, non comme utopie, mais comme résultat objectif des contradictions du capital.
Ce qui s’est passé ensuite constitue l’un des grands drames intellectuels et moraux du XXe siècle.
Là où Marx anticipait une révolution dans les pays les plus industrialisés, elle éclate en 1917 dans la Russie agraire et Lénine opère un premier glissement décisif : puisque les masses ne sont pas spontanément révolutionnaires, il faut un parti d’avant-garde pour les guider.
De la dictature du prolétariat théorisée comme phase transitoire, Staline fait un système permanent de terreur.
La Chine, Cuba, le Cambodge, le Vietnam déclinent chacun à leur manière cette logique — avec des bilans qui rendent le bilan humain du communisme réellement existant incalculable, et moralement insupportable.
Le communisme ne se confond pas avec le socialisme : le socialisme accepte l’État comme instrument de régulation et la propriété privée comme réalité à encadrer ; le communisme vise leur suppression. Il se distingue du marxisme, qui est une méthode d’analyse du capitalisme - une grille de lecture - dont le communisme est une conclusion politique, pas la seule possible.
Il ne se réduit pas au léninisme ni au stalinisme, qui en sont des dérivations historiques spécifiques : des courants entiers: conseillistes, luxemburgistes, libertaires.. ont revendiqué l’héritage marxiste en récusant le parti unique et la dictature.
Mais cette distinction, aussi réelle soit-elle sur le plan théorique, se heurte à un fait massif : chaque fois que le communisme a pris le pouvoir, il a produit des régimes autoritaires. Ses défenseurs répondent que la révolution a été trahie, confisquée, déformée par les conditions historiques: la guerre civile, l’encerclement impérialiste, la paysannerie arriérée…
Leurs adversaires répondent qu’un projet qui échoue de la même manière sur cinq continents et un siècle n’a peut-être pas été trahi : il s’est peut-être simplement réalisé.
Cette tension entre la beauté de l’idéal et l’horreur de sa mise en œuvre est ce qui rend le communisme si dificile à liquider intellectuellement. On ne solde pas facilement un mot qui a mobilisé autant de générations sur autant de continents, même quand l’histoire a rendu son verdict provisoire.
Il reste, pour certains, une promesse que l’humanité n’a pas encore su tenir. Pour d’autres, la preuve que certaines utopies sont vraiment dangereuses et leurs promesses définitivement mortelles.
Paul Corey