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Dernier 14 Juillet !

Bon débarras

Dernier 14 Juillet !

Il déteste qu’on parle des dernières fois. Raison de plus pour les compter.

Le dernier 14 Juillet. Le dernier 11 Novembre. Le dernier 8 Mai. Puis la dernière descente de l’escalier de l’Élysée. Emmanuel Macron veut présider jusqu’à la dernière seconde. Les Français, eux, comptent les jours comme on purge une peine.

Cet homme n’a jamais aimé les fins. Il préfère les « actes II », les « nouveaux chemins », les « rendez-vous avec la Nation ». Chaque échec devient une séquence. Chaque crise, un plan de communication. Dix ans de fuite en avant maquillée en réinvention.

Les chiffres, eux, ne font pas de storytelling. Dette 2017 : 2 258 milliards, 98 % du PIB. Dette 2026 : 3 536 milliards, 117,5 %. Près de 1 300 milliards ajoutés en une décennie. Un déficit englué au-dessus de 5 %, deuxième de la zone euro. Une charge de la dette en passe de devenir le premier budget de l’État, devant l’école. Voilà le « sérieux budgétaire » du candidat de 2017.

Derrière chaque chiffre, un renoncement. L’école effondrée dans les classements PISA. L’hôpital épuisé malgré les milliards du Ségur. L’industrie absente, le commerce extérieur en déficit chronique, l’insécurité en hausse, l’immigration hors de contrôle. Et les agences de notation qui dégradent la France, cran après cran, comme on rétrograde un élève.

Il avait promis de libérer les énergies. Il a libéré la dépense.

Il avait promis de dépasser les clivages. Il a laissé le vide — et les extrêmes l’ont rempli, portés à leur plus haut niveau historique.

Il avait promis une démocratie apaisée. Il a gouverné au 49.3, dissous l’Assemblée sur un coup de tête, offert au pays sa première censure depuis 1962, usé sept Premiers ministres.

Même ses réussites sont des aveux. Il ferme Fessenheim, puis redécouvre le nucléaire. Il désarme, puis prêche le réarmement. Il laisse filer les comptes, puis récite la responsabilité. Toujours un temps de retard. Toujours le verbe juste après la décision fausse.

Aujourd’hui, il se réfugie dans le domaine réservé. Les sommets, les uniformes, les tribunes : dernier décor disponible pour un pouvoir qui n’existe plus à l’intérieur. Pas de majorité. Pas de relais. Des héritiers qui ne se disputent même plus la marque.

Et lui regarde déjà 2032 ? Son entourage promet un « à bientôt ». Comme si dix ans à l’Élysée donnaient un quelconque droit de propriété sur la vie publique.

C’est le dernier malentendu du macronisme. Le président croit que son histoire lui appartient. Or une présidence appartient au pays qui l’a subie, jugée, puis rejetée.

Il voudrait que l’Histoire retienne le réarmement, l’Europe, les crises traversées. Elle retiendra surtout les petites phrases, les valeurs de gauche déguisées en habits de droite, la transformation ratée devenue 1 300 milliards de dette, les opérations de com (grand débat national, conventions citoyennes), les fausses réformes (suppression de l’ENA, suppression de la TH), la République exemplaire façon Benalla, un nouveau monde pire que l’ancien, Jupiter devenu commentateur de sa propre impuissance…

Un bilan ne se juge pas à quelques décisions. Il se juge à l’état du pays transmis. La France de 2027 sera plus endettée, plus fracturée, plus déclassée, plus ingouvernable que celle de 2017. Ce n’est pas une opinion. C’est un inventaire.

Le macronisme voulait être un dépassement. Il aura été la parenthèse la plus coûteuse de la République.

Alors oui, les dernières fois comptent. Puis viendra le 13 mai 2027.

Il déteste qu’on parle d’adieu. Deux mots suffiront. Bon débarras.

Paul Corey