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Donald Tusk

Il a combattu le communisme dans la clandestinité, gouverné la Pologne, dirigé l'Europe, et quand tout semblait fini, il a recommencé...

Donald Tusk

L’homme qui a combattu le communisme dans la clandestinité, gouverné la Pologne sept ans, dirigé l’Europe cinq ans, et recommencé depuis le début à soixante-six ans.

Né le 22 avril 1957 à Gdańsk, fils d’un charpentier et d’une infirmière. Famille kashoube, minorité ethnique du nord de la Pologne, double frontière entre germanité et slavité. Son grand-père paternel a été interné à Neuengamme en 1942, puis enrôlé de force dans la Wehrmacht, avant de déserter pour rejoindre les Forces polonaises en Occident. À treize ans, Tusk voit la police tirer sur des ouvriers en grève dans sa ville. La trajectoire est fixée.

Il étudie l’histoire à l’université de Gdańsk, rejoint Solidarność en 1980, fonde l’Association indépendante des étudiants. Quand la loi martiale tombe en décembre 1981, il entre dans la clandestinité. Il survit en peignant des cheminées, puis comme travailleur en hauteur de 1984 à 1989. En 1983, il fonde une revue politique illégale diffusant le libéralisme économique. Il lit Hayek. Il regarde Thatcher. En 1990, il cofonde le Congrès libéral-démocrate, entre au Sejm en 1991, en est éjecté en 1993. Il recommence. En 2001, il cofonde la Plateforme civique.

En octobre 2007, le PiS est balayé par des scandales. Tusk remporte 40 % des voix, forme une coalition, devient Premier ministre. Il gouverne six ans et dix mois — record absolu de la IIIe République polonaise. La croissance polonaise atteint près de 20 % cumulés entre 2008 et 2014, seul pays de l’UE à éviter la récession. Il relève l’âge légal de départ à la retraite à 67 ans — mesure massivement impopulaire, aussitôt annulée par le PiS en 2015. En 2005, il avait perdu la présidentielle face à Lech Kaczyński de 600 000 voix. Il ne sera jamais président.

En décembre 2014, il quitte Varsovie pour Bruxelles. Président du Conseil européen jusqu’en 2019 : crise grecque, crise migratoire, Brexit, annexion de la Crimée. Il gère les fissures sans les refermer. Réélu en 2017 avec 27 voix sur 28 — la seule abstention vient de la Première ministre polonaise Beata Szydło, envoyée par le PiS pour voter contre lui. En 2019, il prend la tête du Parti populaire européen. En 2021, il rentre à Varsovie reprendre la Plateforme civique après huit ans d’absence. Ses sondages plafonnent à 24 % d’approbation.

Le 15 octobre 2023, la coalition qu’il mène obtient 54 % des sièges face au PiS. Le 13 décembre 2023, il redevient Premier ministre. Il a soixante-six ans. Le chantier est immense : système judiciaire démantelé, médias publics transformés en organe de propagande, 137 milliards d’euros de fonds européens gelés ou conditionnels. Son fils Michał avait travaillé comme consultant pour Amber Gold, une banque fantôme révélée être une pyramide de Ponzi opérant pendant son premier mandat. La commission d’enquête a conclu à une absence de connivence directe. L’affaire n’a jamais totalement disparu.

La réconciliation avec Bruxelles avance. Les fonds sont progressivement débloqués. Mais en 2025, lors de la présidentielle polonaise, Tusk lui-même s’associe à des contestations de résultats de commissions électorales locales. Le défenseur de l’État de droit flirte avec les méthodes qu’il a combattues.

Ainsi, Donald Tusk a traversé trente-cinq ans de politique polonaise en incarnant successivement le dissident, le libéral, le bâtisseur, l’Européen et le sauveur — chaque rôle convoqué au moment exact où l’autre devenait intenable.

Paul Corey