Dominique de Villepin
Toujours filmé, jamais élu...

L’homme qui a incarné la grandeur de la France sur la scène mondiale n’a jamais été élu par un seul Français.
Né le 14 novembre 1953 à Rabat, au Maroc, fils d’un sénateur, Xavier de Villepin, et d’une mère issue de la bourgeoisie catholique. Enfance cosmopolite : Caracas, New York, Washington. Il fréquente les meilleures institutions — Sciences Po, l’ENA, promotion Voltaire 1980 — côtoie l’élite administrative française, publie de la poésie. Sa carrière de diplomate au Quai d’Orsay le mène de Washington à New Delhi.
En 1995, Jacques Chirac le nomme secrétaire général de l’Élysée. Il n’a jamais brigué le moindre mandat électif.
Dix ans aux côtés de Chirac comme directeur de cabinet, puis secrétaire général. Il orchestre la campagne de 1995, gère les crises, règne sur le protocole. En 2002, Chirac le nomme ministre des Affaires étrangères. Il fait de lui-même la caisse de résonance d’une diplomatie française qui veut s’affirmer face à Washington.
Le 14 février 2003, au Conseil de sécurité de l’ONU, DdV prononce un discours de sept minutes contre l’invasion de l’Irak. La salle applaudit — fait rarissime — 57 millions de téléspectateurs en France regardent en direct. La presse mondiale titre sur la « voix de la France ». George W. Bush ne lui pardonnera jamais. Le discours entre dans les anthologies. L’Irak s’enfonce dans le chaos que Villepin avait prédit.
DdV est nommé Premier ministre en mai 2005.
À Matignon, il gouverne sans majorité parlementaire acquise, sous Chirac dont l’autorité décline, face à Sarkozy qui prépare 2007. En mars 2006, il présente le CPE — Contrat Première Embauche — pour les moins de 26 ans, censé lutter contre le chômage des jeunes. Trois millions de manifestants descendent dans les rues. Des universités se paralysent pendant six semaines.
Le 10 avril, il retire le texte. Zéro réforme, autorité détruite.
L’affaire Clearstream éclate en 2004 : des listings falsifiés impliquant Sarkozy dans des comptes occultes circulent. Une enquête judiciaire révèle que Villepin, en tant que Premier ministre, a ordonné des vérifications sur ces listings. Il est mis en examen pour « complicité de dénonciation calomnieuse ». Le procès dure des années. En 2010, le tribunal le relaxe. En 2011, la cour d’appel confirme. L’acquittement est total — mais la carrière est brisée.
En 2012, il se présente à l’élection présidentielle sous l’étiquette République Solidaire, le parti qu’il a fondé en 2010. Il obtient 0,47 % des voix — 95 000 bulletins sur 36 millions d’inscrits.
L’homme des grandes envolées n’a jamais su descendre dans l’arène électorale.
Depuis, il multiplie les tribunes, les livres, les prises de position sur la guerre en Ukraine ou le Moyen-Orient.
Dominique de Villepin reste l’incarnation d’un paradoxe français : plébiscité à l’étranger pour avoir dit non à la guerre, inconnu dans sa propre circonscription, grand commis de l’État qui n’a jamais demandé sa légitimité au peuple — et qui, le jour où il l’a fait, a échoué
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Paul Corey