Présidentielle 2027 : 47 candidats, sont-ils devenus fous ?
Plus le pays s’enfonce, plus nombreux sont les candidats qui veulent aider...

Jamais les Français n’ont eu si peu confiance en leur classe politique. Jamais celle-ci ne s’est sentie aussi indispensable. Le pays sent l’effondrement venir et cherche une sortie. À ce jour, 47 personnes prétendent en connaître le chemin…
La France traverse une crise démocratique majeure. Beaucoup de responsables politiques traversent leur crise de milieu de vie. Pour chacun, le pouvoir, c’est maintenant ou jamais…
À gauche, on s’offre même une primaire, prévue le 11 octobre, à laquelle Jean-Luc Mélenchon, Raphaël Glucksmann, Fabien Roussel et Jérôme Guedj ont déjà annoncé qu’ils ne viendraient pas. Une primaire d’union sans les principaux concernés : même votre club de gym se coordonne mieux sur WhatsApp.
Clémentine Autain, François Ruffin et Marine Tondelier ont accepté de jouer le jeu : ils se disputeront le droit d’affronter ceux qui refusent d’y participer.
L’élection commence à ressembler à une réunion de copropriété après l’effondrement partiel du toit. Tout le monde exige la parole. Personne ne veut payer les travaux. Mais chacun se verrait bien syndic.
Les anciens reviennent avec la sérénité des meubles qu’on n’arrive jamais à pousser hors de l’appartement. Jean-Luc Mélenchon repart pour une quatrième tentative consécutive, avec la régularité d’une mise à jour Windows qu’on reporte depuis dix ans. Nicolas Dupont-Aignan tente encore sa chance, fidèle à sa ligne politique et à un pourcentage électoral d’une stabilité remarquable. François Asselineau, recalé en 2022 faute de parrainages, revient lui aussi. L’espoir fait vivre. Ou l’inverse.
La justice, elle aussi, a décidé de participer. En France, le premier tour se joue surtout chez le juge d’instruction. Marine Le Pen, condamnée en première instance et inéligible depuis mars 2025, attend de sa cour d’appel l’autorisation, ou non, de concourir. Dominique de Villepin entend lui aussi être de la partie : acquitté il y a quinze ans dans l’affaire Clearstream (minable montage de faux listings censés salir Sarkozy, sur fond de rivalité à droite après Chirac), il pouvait presque faire de l’innocence un argument. Mais le parquet national financier vient d’ouvrir contre lui une enquête préliminaire pour recel de détournement de fonds publics : une histoire de statuettes du Quai d’Orsay, dont un buste de Napoléon, oubliées sur son bureau. Dix fois le prix des costumes de Fillon, résumait Complément d’enquête...
En campagne depuis septembre 2024, Édouard Philippe, bientôt plus longtemps candidat que Premier ministre, est visé par une enquête pour soupçons de détournement de fonds publics. Il fera campagne entre deux convocations.
À ce stade, un casier vierge passerait presque pour un manque d’expérience.
Le paysage politique ressemble à une plateforme de streaming éculée. Tout le monde a déjà vu les meilleures séries. Plus personne ne sait quoi regarder. Le décompte officiel s’arrête à 31 candidatures ; le décompte officieux, lui, en recense déjà 47, déclarées, suggérées, fantasmées ou auto-proclamées. En 2002, le record était de 16.
Plus le pays se rapproche de l’effondrement, plus il produit de candidats censés l’éviter.
Les chiffres, eux aussi, alignent leurs zéros. Dette publique autour de 115 % du PIB. Déficit toujours supérieur à 5 %. Croissance poussive, à la lisière de la récession. Industrie qui décroche. École qui s’effondre lentement. Hôpital saturé. Services publics à bout de souffle.
Peu importe. Les prétendants veulent « incarner », « rassembler », « créer une dynamique ». Certains accusent les riches, d’autres les étrangers. Ceux qui gouvernaient hier accusent les extrêmes, qu’ils ont eux-mêmes nourris, de mener au chaos, et se présentent comme la seule alternative raisonnable.
Personne, en revanche, n’évoque les sujets qui fâchent. Reporter l’âge de départ vers 65 ans, comme l’ont fait la plupart de nos voisins. Refondre le statut de la fonction publique. Réformer le marché du travail à l’allemande, façon lois Hartz, ou à la danoise, façon flexisécurité. Réduire une dépense publique qui frôle 57 % du PIB.
Ces chantiers-là ne font pas de bonnes affiches, mais s’ils indiquent pourtant le chemin de la sortie.
Derrière la farce, le décor est glaçant.
La décennie qui vient impose un ajustement budgétaire, énergétique et géopolitique massif. Le prochain président aura besoin d’un mandat clair et d’une ténacité hors norme pour affronter des difficultés et des résistances exceptionnelles.
En ont-ils vraiment tous conscience ?
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Paul Corey