François Bayrou
50 ans à viser le centre… pour finir au bord.

Cinquante ans de carrière pour finir sans Matignon, sans Pau, et avec Bétharram.
Né le 25 mai 1951 à Bordères, Pyrénées-Atlantiques, fils de Calixte Bayrou, agriculteur et maire d’un village de quelques centaines d’âmes. Agrégé de lettres classiques en 1974, à vingt-trois ans, l’année où son père meurt écrasé par un tracteur.
Il entre en politique la même année, dans le sillage du Centre démocrate de Jean Lecanuet. La rhétorique comme arme de substitution d’un garçon du terroir qui a passé sept ans à soigner un bégaiement.
Député des Pyrénées-Atlantiques dès 1986, ministre de l’Éducation nationale de 1993 à 1997 sous Balladur puis Juppé, président de l’UDF de 1998 à 2007. Il se présente à la présidentielle trois fois : 18,57 % en 2007 — son apogée, il croit tenir la France —, 9,13 % en 2012.
En 2017, il renonce à se présenter et soutient Macron. En échange : le ministère de la Justice. Il démissionne après trente-quatre jours, rattrapé par l’affaire des assistants parlementaires fictifs du MoDem au Parlement européen.
En décembre 2024, après la chute de Barnier, il force la main à Macron pour obtenir Matignon. Il a soixante-treize ans. Son gouvernement dure 269 jours.
Dès les premières semaines, il se rend à Pau en jet privé pendant que le cyclone Chido dévaste Mayotte.
Puis éclate Bétharram : un établissement catholique béarnais où des enfants ont été agressés sexuellement pendant des décennies. Bayrou était député et président du conseil général des Pyrénées-Atlantiques à la fin des années 1990, ses propres enfants y étaient scolarisés. Sa fille Hélène Perlant témoigne en avril 2025 : un prêtre l’a battue publiquement en 1984, à quatorze ans. Le rapport de la commission d’enquête parlementaire, en juillet 2025, conclut à un « défaut d’action » de l’ancien ministre de l’Éducation nationale.
Le 8 septembre 2025, il engage lui-même la responsabilité de son gouvernement sur un vote de confiance. 364 voix contre, 194 pour. Le soir, des rassemblements spontanés éclatent dans onze villes — Reims, Nice, Le Mans. Environ 11 000 personnes fêtent son départ dans les rues.
Il quitte Matignon le 9 septembre en se comparant à Henri IV, héros de l’une de ses biographies.
Il lui reste Pau. La ville qu’il a mis vingt-cinq ans à conquérir — battu en 1989, battu encore en 2008 à 350 voix près, élu seulement en 2014. Le 22 mars 2026, il brigue un troisième mandat. Il arrive en tête au premier tour avec 33,83 %. Le 22 mars, second tour, triangulaire avec le socialiste Jérôme Marbot et la candidate RN Margaux Taillefer. Résultat final : Marbot 42,45 %, Bayrou 41,14 %. Écart : 344 voix sur 26 000.
Sa permanence a été taguée pendant la campagne : Bétharram, on n’oublie pas.
Ses défenseurs retiennent la loi antimafia votée à l’unanimité au Sénat, l’alerte répétée sur la dette publique.
Les faits montrent trois candidatures présidentielles perdues, deux ministères éjectés, un passage à Matignon célébré par des liesses dans la rue, et une mairie perdue pour 344 voix dans la ville qu’il présentait comme son ancrage existentiel.
Ainsi, François Bayrou aura passé une vie entière à incarner le centre moral de la République — les valeurs, la terre, la foi — pour finir dépossédé de tout par des socialistes à moins d’un demi-point, sous l’ombre d’un établissement catholique béarnais où des enfants attendaient en vain qu’il agisse.
Paul Corey