IMMIGRATION : ce qui a changé
En un siècle ? tout.

“La France est un pays d’immigration ancienne ? Certes, mais en un siècle, tout a changé : le volume a doublé, les motifs se sont inversés, l’origine s’est déplacée et l’intégration devenue compliquée”
D’abord, le stock. En 1931, la France compte environ 2,7 millions d’immigrés pour une population totale de 42 millions d’habitants, soit 6,6 %. En 2024, ce chiffre atteint environ 7,7 millions pour 68 millions d’habitants, soit 11,3 %. La part de la population immigrée a donc presque doublé en un siècle.
Ensuite, le flux. Dans les années 1920-1930, les entrées annuelles sont estimées entre 150 000 et 200 000 personnes, soit environ 4 à 5 entrées pour 1 000 habitants. Aujourd’hui, en additionnant immigration régulière et estimations de l’immigration irrégulière, le flux annuel est évalué entre 400 000 et 450 000 entrées, soit environ 6 à 6,5 pour 1 000 habitants, un niveau supérieur de 30 à 50 % à celui de l’entre-deux-guerres.
Les motifs d’entrée ont profondément évolué. Dans les années 1920-1930, l’immigration est avant tout une immigration de travail, organisée selon les besoins de l’économie française, avec des entrées et des sorties relativement équilibrées. Aujourd’hui, les flux sont majoritairement composés d’entrées pour études et de regroupement familial. L’immigration de travail stricto sensu représente moins de 15 % des admissions.
L’origine géographique a également changé. En 1931, environ 90 % des immigrés sont originaires d’Europe. Aujourd’hui, près de la moitié sont nés en Afrique, environ un tiers en Europe au sens large, et le reste principalement en Asie.
La durée de séjour constitue un autre point de rupture. L’immigration de l’entre-deux-guerres est largement circulaire, tandis que l’immigration contemporaine est beaucoup plus durable, avec environ un départ pour trois entrées, contribuant à l’augmentation continue du stock.
La méthode d’entrée a également changé. Alors que l’immigration irrégulière était marginale dans les années 1930, elle concerne aujourd’hui plusieurs centaines de milliers de personnes. Chaque année, plus de 140 000 interpellations sont enregistrées et environ 465 000 personnes bénéficient de l’aide médicale d’État, dispositif réservé aux étrangers sans titre de séjour.
Enfin, les conditions d’intégration ne sont plus les mêmes. Dans les années 1930, elles reposaient sur l’école républicaine, le service militaire et l’emploi industriel de masse. Aujourd’hui, ces piliers se sont affaiblis ou ont disparu, tandis que le chômage des populations immigrées est nettement plus élevé.
Ainsi, les caractéristiques de l’immigration et les capacités d’intégration du pays ont évolué dans des directions opposées, posant des défis d’une ampleur inédite.
Paul Corey