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Indra Nooyi

Le capitalisme allégé, sans régime forcé.

Indra Nooyi

Pendant douze ans, elle a vendu du sucre en parlant de santé, et fait doubler la valeur de PepsiCo.

Née le 28 octobre 1955 à Madras dans une famille brahmane tamoule de la classe moyenne. Père employé à la State Bank of Hyderabad, mère sans éducation formelle. Chaque soir, à table, cette dernière organise des joutes oratoires : ses deux filles doivent imaginer qu’elles dirigent l’Inde et défendre un discours. Indra a huit ans.

Diplôme du Madras Christian College en physique-chimie à dix-huit ans. MBA à l’Indian Institute of Management de Calcutta. En 1978, à vingt-trois ans, elle débarque à New Haven pour Yale. Elle travaille de nuit comme réceptionniste pour financer ses études. Pour son premier entretien de stage, faute de pouvoir s’acheter un tailleur, elle se présente en sari.

Six ans chez Boston Consulting Group. Motorola en 1986. Asea Brown Boveri en 1990. En 1994, Jack Welch chez General Electric et Wayne Calloway chez PepsiCo la courtisent simultanément. Elle choisit PepsiCo.

En 1997, elle orchestre la cession de Pizza Hut, KFC et Taco Bell pour 4,5 milliards de dollars. La dette du groupe, de 8,5 milliards, est réduite de moitié. En 1998, rachat de Tropicana pour 3,3 milliards. En 2001, acquisition de Quaker Oats pour 13,4 milliards : Gatorade, contrôlant 80 % du marché américain des boissons isotoniques, entre dans le portefeuille.

En octobre 2006, elle devient PDG. Cinquième dirigeante en quarante-deux ans d’histoire du groupe. Première femme de couleur, première immigrée à diriger une entreprise du Fortune 50. Elle lance “Performance with Purpose” : reformulation des produits, objectifs environnementaux chiffrés, acquisitions ciblées sur les segments sains.

En juillet 2013, l’activiste Nelson Peltz accumule 1,3 milliard de dollars de participations et exige la scission du groupe. Nooyi refuse publiquement. “Si vous mangez un paquet de Fritos, n’attrapez-vous pas une boisson ?” En janvier 2015, elle fait entrer un proche de Peltz au conseil d’administration. En 2016, l’activiste revend ses parts avec 67 % de plus-value.

Entre 2006 et 2018, le chiffre d’affaires passe de 35 à 63,5 milliards de dollars. Le bénéfice net double, de 2,7 à 6,5 milliards. PepsiCo retourne 79,4 milliards aux actionnaires. La part des produits “meilleurs pour la santé” passe de 38 % à 50 % du portefeuille. L’utilisation d’eau par litre baisse de 25 %, l’empreinte carbone de 20 %.

La dépendance structurelle demeure. Frito-Lay génère 46 % des profits opérationnels et contrôle 66 % du marché américain des snacks. Les ventes de sodas gazéifiés stagnent ou déclinent aux États-Unis pendant tout son mandat. Le portefeuille a évolué ; le modèle économique, marginalement.

Ainsi, en douze ans, Indra Nooyi a doublé la valeur d’un géant du sucre et du gras en démontrant qu’une multinationale pouvait épouser le discours de la santé et du climat sans bouleverser la composition de ses produits ni le poids de ses marges.

Paul Corey