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Retraites : pourquoi toujours regarder le mauvais chiffre ?

Le plus petit dénominateur commun

Retraites : pourquoi toujours regarder le mauvais chiffre ?

Quatorze pour cent. C’est la part de la richesse nationale que la France consacre à ses retraites, et c’est ce chiffre qui aimante toute la campagne. Chacun discute du numérateur. Personne ne regarde le dénominateur.

Une campagne présidentielle révèle toujours ce qu’un pays accepte de regarder. Celle de 2027 s’installe sur un terrain connu : l’âge de départ, le coût des pensions, l’injustice supposée des réformes. Le débat est bruyant, passionné, prévisible. Il porte pourtant sur la partie la plus technique et la moins décisive de l’équation.

La retraite par répartition obéit d’abord à la démographie, et la démographie ne négocie pas.

Moins d’actifs pour chaque retraité, des vies plus longues : un régime par répartition s’ajuste par quelques paramètres, toujours les mêmes. La durée de cotisation exigée, l’âge minimal de départ, l’âge d’annulation de la décote, fixé à 67 ans. S’y ajoutent l’indexation des pensions et l’abattement fiscal de 10 % accordé aux retraités. La campagne réduit ce tableau de bord à une seule aiguille, l’âge légal, comme un pilote qui ne surveillerait que l’altimètre. Ces réglages relèvent de l’ingénierie. Ils s’imposeront à tout gouvernement, quel que soit son camp.

Le véritable angle mort se situe ailleurs.

Les régimes spéciaux, fermés aux nouveaux entrants par les réformes successives, continueront de verser leurs pensions pendant des décennies, plusieurs d’entre eux équilibrés chaque année par le budget de l’État. Les pensions de la fonction publique d’État, calculées sur les derniers traitements, reposent sur un taux de cotisation employeur supérieur à 74 %. Là se loge la question de l’équité. Là règne le silence.

Mais l’essentiel tient en une fraction. En haut, la masse des pensions. En bas, la richesse produite. Toute la campagne s’acharne sur le haut : combien verser, à qui, à partir de quand.

Appelons cela la dictature du numérateur, celle d’un pays qui compte ses dépenses sans jamais interroger ce qu’il produit.

Or le dénominateur décide de tout. Les pensions étant indexées sur les prix, chaque point de croissance réelle allège mécaniquement leur poids. Toutes choses égales par ailleurs, dix années à un point de croissance supplémentaire ramènent les 14 % vers 12,7 %, sans toucher à un seul paramètre. Aucune réforme d’âge n’offre un tel rendement.

Et ce dénominateur décroche.

Le rapport Draghi l’a établi en 2024 : l’écart de PIB entre l’Union européenne et les États-Unis est passé d’un peu plus de 15 % en 2002 à 30 % en 2023, pour l’essentiel faute de gains de productivité. La France épouse ce glissement. Elle a laissé l’Allemagne, les Pays-Bas ou le Danemark prendre le large, et regarde désormais l’Amérique comme un autre continent économique. Les générations d’après-guerre ont financé leur protection sociale sans drame, portées par une productivité qui progressait vite. Aujourd’hui, elle stagne, et chaque arbitrage tourne au conflit de partage.

Le problème des retraites est un problème de croissance déguisé.

Dans ce contexte surgit une chance inespérée : l’intelligence artificielle. Elle allège le dossier standard, la vérification répétitive, la réponse cent fois donnée. Dans les entreprises d’abord, mais surtout dans la sphère publique, qui absorbe 57 % du PIB. Là dort le gisement le plus massif du pays : des millions d’heures d’instruction, de contrôle et de saisie, prêtes à être rendues au service ou au contribuable.

La campagne l’ignore. Quand le sujet affleure, c’est sous la forme d’une menace, dont on espère que l’Europe saura nous protéger. Un pays qui attend d’être protégé d’une révolution productive ressemble au paysan qui barricade sa ferme contre le tracteur.

Le débat utile tient en trois exigences. Régler les paramètres des retraites comme on règle une machine, avec des règles lisibles et sans psychodrame. Traiter enfin l’équité entre régimes, que chaque réforme contourne. Consacrer l’énergie politique à la croissance, en faisant de l’intelligence artificielle le chantier central du quinquennat, dans l’État d’abord.

On se trompe bien de débat.

En 2027, la question n’est plus de savoir à quel âge les Français partiront à la retraite mais comment produire plus et mieux pour financer une démographie vieillissante.

UN SUJET. UN ÉDITO. DES IDÉES. UN FONDS.

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Paul Corey