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Le pays qui dépense trop et ne produit pas assez

La cécité du dénominateur : comment la France a oublié de produire avant de partager.

Le pays qui dépense trop et ne produit pas assez

En 1974, un Français produisait un peu plus de la moitié de ce que produisait un Américain. Cinquante ans plus tard, moins de la moitié. Entre-temps, la richesse française par habitant a presque doublé. Le décrochage s’est creusé pendant que le pays s’enrichissait.

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Tout le débat budgétaire français tient dans une fraction. Dépenses publiques divisées par richesse produite. Depuis cinquante ans, le pays ne discute que du chiffre du haut.

Les faits lui donnent raison. Dépense publique à 57,2 % du PIB en 2025, contre 43,6 % dans l’OCDE. Près de 14 points pour les seules retraites. Déficit à 5,1 %. Dette à 115,5 %.

Le diagnostic tient debout. Mais il ne couvre qu’une moitié de l’équation.

Une fraction a deux termes. On peut comprimer le premier. On peut aussi agrandir le second. Quatorze euros de retraites pour cent euros de richesse pèsent 14 %. Les mêmes quatorze euros pour cent vingt euros pèsent 11,7 %.

Aucun retraité n’a perdu un centime. Le dénominateur a grandi.

Cette cécité du dénominateur fait de la France une entreprise qui traque chaque note de frais sans jamais ouvrir son carnet de commandes.

Les chiffres sont brutaux. Entre 2000 et 2025, la croissance du PIB par habitant français a atteint 63 % de la moyenne européenne, 59 % de celle de l’OCDE, 54 % de celle des États-Unis.

Ce n’est pas un effondrement, mais c’est un véritable décrochage.

La comparaison la plus dérangeante se trouve à quelques centaines de kilomètres de Paris. En 1974, l’Allemagne produisait moins par habitant que la France. Elle l’a rattrapée, puis dépassée. Même marché unique, même monnaie, même mondialisation. Résultats inverses.

Le marché unique a bel et bien créé de la richesse : 3 à 4 % de PIB en plus pour l’Union, 3,6 millions d’emplois. Mais il n’a pas profité de la même manière à tous ses membres. Certains se sont réformés pour en tirer parti.

La France a préféré vivre à crédit sur l’euro.

Depuis vingt ans, les rapports s’empilent et disent la même chose. OCDE, France Stratégie, Banque de France, rapport Draghi. Une productivité qui progresse trop lentement. Un taux d’emploi trop faible, chez les jeunes et chez les seniors. Une incapacité à transformer l’épargne, la recherche et les compétences en entreprises et en croissance.

La France dispose pourtant d’épargne, d’ingénieurs, de recherche renommée, d’infrastructures solides, de fabuleuses multinationales… et d’une des dépenses publiques les plus élevées du monde développé. Justement.

Ce qui lui manque, c’est le rendement. Beaucoup de capital, de talent et d’argent public à l’entrée. Peu de croissance à la sortie.

Pourquoi ? Parce qu’un modèle s’est installé, qui préfère la protection à la création, la redistribution à la prise de risque, la compensation de l’existant à l’investissement dans le nouveau. Depuis 1981, la gauche l’a construit, la droite l’a administré, les extrêmes proposent aujourd’hui d’en renforcer les mécanismes.

Les 35 heures en sont le symbole. Face au chômage, la France a choisi de partager le travail existant plutôt que d’en produire davantage. Le travail, l’entreprise et l’entrepreneur ne sont plus au coeur de nos valeurs.

Et l’euro a donné à la France ce qu’aucun gouvernement n’aurait obtenu seul : de la dette bon marché. Les taux ont convergé vers ceux de l’Allemagne, jusqu’à devenir négatifs en termes réels pendant près d’une décennie. La dette publique est passée de moins de 60 % du PIB en 2000 à 115,5 % aujourd’hui. La facture n’est jamais arrivée sur la table.

L’anesthésie a tenu lieu de politique.

L’Europe fédérale a joué le même rôle. Chaque impasse nationale y a trouvé sa sortie : mutualisation des dettes, plans de relance communs, contraintes que l’on dénonce en public et que l’on invoque en privé pour justifier ce qu’on n’ose pas assumer.

Bruxelles n’a pas causé le décrochage français. Elle l’a rendu supportable. C’est infiniment plus grave.

Notre classe dirigeante — administrative, politique, économique, intellectuelle — a passé cinquante ans à repousser la réforme parce que le financement était indolore. Elle savait : les rapports, elle les commandait.

Les élites françaises sont pleinement responsables du modèle qu’elles ont préservé.

Le déclin est arithmétique. On prélève pour financer. On dépense pour compenser. On prélève encore, parce que le dénominateur avance trop lentement.

La dépense excessive et la croissance insuffisante sont un seul et même problème, vu par ses deux bouts. Le débat français, lui, n’en voit qu’un : déficit, dette, retraites, économies à réaliser. Il oublie travail, entreprise, entrepreneurs, innovation, productivité, liberté d’entreprendre.

Ainsi, la France dépense plus, prélève plus, s’endette plus, et produit moins par habitant que les économies auxquelles elle se compare. Le modèle a affaibli la capacité de financer ce qu’il promettait de protéger. Pourtant, on ne défend ni les retraites, ni la santé, ni l’école, ni la solidarité, ni la souveraineté en tapant sur la machine qui les paie.

La production de richesse n’est pas l’ennemie du modèle social. Elle en est la condition.

Cette doxa socialo-progressiste, et son oligarchie, n’a pas seulement ralenti le pays. Elle l’a épuisé. Cent quatorze mille étudiants français partent chaque année se former ailleurs, vingt pour cent de plus qu’il y a cinq ans. Et quand nos diplômés de grandes écoles prennent un premier poste à l’étranger, un sur quatre le prend en Suisse ou au Luxembourg. On ne part pas pour le climat. Ou plutôt si : celui des affaires et de la confiance.

Un pays qui produit moins pèse moins. Sans sursaut, le nôtre finira dilué dans une Union bientôt élargie à vingt-neuf, sans rien pour y peser.

La doxa socialo-progressiste est notre menace existentielle no 1. La combattre est la mère de toutes les batailles.

En 2026, la priorité n’est pas de désindexer les retraites par cécité du dénominateur. L’urgence est d’investir dans le travail et l’innovation, l’entreprise et ceux qui entreprennent avant qu'il ne soit trop tard.

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Paul Corey