INDUSTRIE : ce qui a changé
En 1930, un Français sur trois travaillait dans une usine...

En 1930, un Français sur trois travaillait dans une usine. Aujourd’hui, c’est un sur vingt. En moins d’un siècle, la France a perdu son industrie. Il a fallu une pandémie - notre incapacité à produire des masques et des écouvillons - pour le réaliser…
En 1930, la France dispose d’un appareil industriel diversifié. Elle produit sur son territoire l’essentiel de ses équipements de transport (locomotives, automobiles, aéronefs), une large part de ses biens de consommation courante, ainsi que des produits chimiques et pharmaceutiques. Les échanges internationaux existent, mais la production nationale couvre la majorité des besoins industriels.
En 1930, l’industrie représente environ un tiers du produit intérieur brut et emploie près d’un tiers de la population active. Aujourd’hui, elle représente moins de 10 % du PIB et environ 12 % de l’emploi total. Cette évolution s’inscrit dans un mouvement général de désindustrialisation des économies avancées, plus marqué en France que chez certains voisins.
Au début du XXᵉ siècle, plusieurs millions de personnes travaillent dans l’industrie. Aujourd’hui, l’emploi industriel représente moins de 3 millions de salariés, alors que la population totale a augmenté. Depuis les années 1980, la France a perdu environ 2 à 2,5 millions d’emplois industriels.
Dans l’entre-deux-guerres, l’industrie est largement répartie sur l’ensemble du territoire, avec des bassins spécialisés. La fermeture de nombreux sites a entraîné la contraction ou la disparition de certains bassins industriels historiques, laissant place à des friches et à des reconversions inégales.
La balance commerciale industrielle s’est dégradée. Dans les années 1930, la France exporte une part significative de ses produits manufacturés. Aujourd’hui, le commerce extérieur des biens industriels est structurellement déficitaire, avec un solde négatif de plusieurs dizaines de milliards d’euros par an, à l’exception de secteurs comme l’aéronautique ou le luxe.
Plusieurs grands groupes industriels français du XXᵉ siècle (Pechiney, Usinor, Thomson, Alcatel, Rhône Poulenc, Boussac, Bull, Creusot-Loire, Jeumont-Schneider, Alstom.. ) ont disparu ou changé d’actionnariat sous l’effet de la mondialisation et des restructurations. Une part importante de l’appareil productif est intégrée à des groupes internationaux.
Les dépendances stratégiques se sont accrues. Certaines chaînes de valeur sont aujourd’hui internationalisées, notamment dans l’électronique, les composants critiques ou les principes actifs pharmaceutiques. La crise sanitaire liée au Covid-19 a mis en évidence la vulnérabilité de certaines capacités de production.
Le coût du travail est souvent avancé comme facteur explicatif. La comparaison internationale montre que d’autres déterminants jouent aussi un rôle important, notamment la fiscalité, le coût de l’énergie, l’environnement réglementaire, l’organisation des filières et la formation de la main-d’œuvre.
Ainsi, en moins d’un siècle, la France est passée d’une économie fortement industrialisée à un modèle où l’industrie occupe une place plus réduite, intégrée dans des chaînes de valeur mondialisées, avec des enjeux croissants de compétitivité et de souveraineté.
Paul Corey