TRAVAIL : ce qui a changé
En 1930, on travaillait pour survivre. Aujourd'hui...

En 1930, on travaillait pour survivre. Aujourd’hui, on survit pour travailler.
D’abord, la durée. En 1930, la durée légale du travail est de 48 heures par semaine depuis la loi de 1919 instaurant la journée de 8 heures. Dans les faits, beaucoup d’ouvriers travaillent encore 10 à 12 heures par jour, six jours sur sept. En 1936, le Front populaire impose les 40 heures. Aujourd’hui, la durée légale est de 35 heures, mais les salariés à temps complet travaillent en moyenne 38,9 heures par semaine.
Les congés n’existaient pas. Avant 1936, les congés payés sont un privilège réservé à quelques fonctionnaires et employés. L’ouvrier qui s’absente perd son salaire et risque son emploi. Depuis 1982, tous les salariés disposent de 5 semaines de congés payés. La durée annuelle effective de travail est passée de plus de 2 500 heures en 1930 à environ 1 600 heures aujourd’hui.
La structure de l’emploi s’est transformée. En 1930, 36 % des actifs travaillent dans l’agriculture, 33 % dans l’industrie, 31 % dans les services. Aujourd’hui, l’agriculture emploie moins de 3 % des actifs, l’industrie environ 12 %, et les services plus de 75 %. Le travail manuel a cédé la place au travail tertiaire.
Le salariat s’est généralisé. En 1930, les indépendants (paysans, artisans, commerçants) représentent encore près de la moitié des actifs. Aujourd’hui, près de 90 % des actifs sont salariés. La relation de subordination est devenue la norme. Paradoxalement, le travail indépendant connaît un renouveau avec les auto-entrepreneurs et les travailleurs des plateformes.
Le chômage a changé de nature. Dans les années 1930, la crise provoque un chômage de masse inédit, mais sans filet de protection sociale. Les fonds de chômage sont rares et insuffisants. Aujourd’hui, le taux de chômage oscille autour de 7 %, avec un système d’assurance chômage qui protège les demandeurs d’emploi.
Les conditions de travail se sont améliorées puis dégradées autrement. En 1930, l’ouvrier travaille dans le bruit, la poussière, le froid ou la chaleur, avec des cadences imposées par le taylorisme naissant. Les accidents du travail sont fréquents et peu indemnisés. Aujourd’hui, la pénibilité physique a reculé, mais les risques psychosociaux ont explosé : burn-out, bore-out, harcèlement, perte de sens.
Les femmes ont investi le marché du travail. En 1930, le taux d’activité féminin est d’environ 36 %, concentré dans l’agriculture, le textile et les services domestiques. Aujourd’hui, il dépasse 68 %. Mais les inégalités salariales persistent (environ 15 % d’écart) et le temps partiel reste majoritairement féminin.
Ainsi, en moins d’un siècle, le travail français est passé d’un labeur physique intense, mal protégé et structuré par l’industrie et l’agriculture, à un emploi tertiaire, encadré juridiquement où la quête de sens a remplacé la lutte pour la survie.
Paul Corey