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Iran-Versailles : entre critiques et soulagements...

L'Europe offre la salle mais ne tient pas le stylo...

Iran-Versailles : entre critiques et soulagements...

Les accords historiques ne ressemblent presque jamais aux victoires éclatantes que l’on imagine après coup. Ils naissent dans l’ambiguïté, la contrainte et le compromis. Ceux qui les signent sont accusés de faiblesse ; ceux qui les refusent se réclament de la fermeté. Puis le temps tranche.

Le protocole d’accord signé à Versailles entre Washington et Téhéran n’est pas un traité de paix. Il ne règle ni le nucléaire, ni les rivalités régionales, ni quarante années de méfiance réciproque. Mais il possède une vertu essentielle : il arrête une escalade qui menaçait d’échapper à tout contrôle et rouvre un espace de négociation là où il ne restait plus que des options militaires.

Ses détracteurs dénoncent les concessions accordées à l’Iran. Beaucoup reprochaient hier à Donald Trump son imprudence ; ils lui reprochent aujourd’hui sa modération. La critique oublie souvent l’essentiel : la puissance est un moyen, pas une finalité. Les frappes ont démontré la détermination américaine. Le protocole tente désormais de transformer ce rapport de force en solution diplomatique.

Trois tests diront si Versailles n’est qu’une parenthèse ou le début d’un tournant historique.

Ormuz. Le détroit doit rouvrir sous trente jours. Par ce passage transite près d’un cinquième du pétrole mondial. Si l’Iran respecte son engagement, l’accord gagnera immédiatement en crédibilité. Dans le cas contraire, la crise reprendra presque exactement là où elle s’est arrêtée.

Le nucléaire. Au moment des frappes, l’Iran enrichissait l’uranium à 60 %, très au-delà des limites prévues par l’accord de 2015. Les soixante jours qui s’ouvrent devront permettre d’obtenir des restrictions plus robustes, des inspections plus exigeantes et des garanties capables de survivre aux alternances politiques américaines. C’est sur ce terrain que se jouera la véritable solidité de Versailles.

Aucun accord durable ne pourra toutefois reposer sur Washington et Téhéran seuls. La Chine et la Russie disposent de leviers économiques et diplomatiques importants sur l’Iran. La France, l’Allemagne et le Royaume-Uni conservent une expertise reconnue dans les mécanismes de contrôle, de vérification et de non-prolifération. Si ces puissances acceptent d’endosser un rôle de garantes, elles peuvent offrir à un futur accord une profondeur stratégique qu’aucune des parties ne peut assurer seule.

La région. Aucune stabilité durable ne sera possible tant que demeurera la question des réseaux armés soutenus par l’Iran au Liban, au Yémen, en Irak ou ailleurs. Israël ne peut être à la fois au cœur du problème et absent de la solution. Les discussions qui s’ouvrent devront progressivement intégrer cette dimension. Versailles ouvre une porte ; il ne résout pas encore cette équation.

Cette séquence contient une leçon pour l’Europe.

Elle n’a pas voulu cette guerre. Elle n’en a pas été informée. Elle n’a pas participé à l’effort militaire. Mais, elle en a subi les conséquences économiques immédiates. Les prix de l’énergie, la sécurité des approvisionnements, la stabilité financière et les flux commerciaux concernent directement les Européens. Le Moyen-Orient n’est pas un théâtre lointain dont ils pourraient se désintéresser.

La question est donc moins de savoir qui a gagné militairement que de déterminer qui participera à la construction de la paix.

Les États-Unis ont démontré leur capacité d’action. Reste à savoir qui contribuera à transformer cette démonstration de force en architecture durable de sécurité.

L’enjeu dépasse largement Donald Trump ou l’Iran. Si les soixante jours qui s’ouvrent débouchent sur un accord nucléaire crédible, la réouverture sécurisée d’Ormuz et une réduction progressive des tensions régionales, Versailles pourrait être regardé rétrospectivement comme le moment où une crise majeure a commencé à être résolue plutôt qu’aggravée.

Les accords historiques sont rarement populaires lorsqu’ils sont signés. Ils paraissent toujours incomplets. Ils sont presque toujours critiqués avant d’être compris. Leur valeur n’apparaît souvent qu’après coup, lorsque l’on mesure non ce qu’ils ont promis, mais ce qu’ils ont permis d’éviter.

Versailles n’est pas la fin de l’histoire. Ce doit être le début d’une solution.

Au-delà des photos officielles, des communiqués et des dîners diplomatiques, quel rôle la France et l’Europe veulent-elles réellement jouer dans la paix qui s’annonce ? Celui d’hôtes prestigieux offrant un décor aux négociations, ou celui de garants capables d’en assurer la pérennité ?

Paul Corey