Ministre de la Culture
Une vie dans les coulisses du pouvoir...

CATHERINE PÉGARD
Trente ans à observer le pouvoir de l’extérieur, vingt ans à le servir de l’intérieur : le 26 février 2026, la boucle se ferme rue de Valois.
Née le 5 août 1954 au Havre, licenciée d’histoire et titulaire d’une maîtrise de sciences politiques, Catherine Pégard entre dans le journalisme par la presse havraise avant de rejoindre Paris. Elle passe de 1982 à 2007 au Point, où elle gravit tous les échelons jusqu’à la rédaction en chef du service politique.
Vingt-cinq ans à décrypter la droite française, à fréquenter ses coulisses, à publier chaque semaine un bloc-notes nourri d’indiscrétions. Ce n’est pas un parcours de pouvoir. C’est un investissement.
En mai 2007, elle franchit le seuil. Nommée conseillère politique de Nicolas Sarkozy, elle prend en mars 2008 la tête du nouveau “pôle politique” de l’Élysée, rassemblant les plus proches collaborateurs du président.
Le passage du journalisme au service exclusif du chef fait polémique. Elle balaie les critiques d’un mot : dans toutes les démocraties, des journalistes conseillent des présidents.
Sa nomination à la tête de Versailles en août 2011 suscite des critiques de professionnels du patrimoine qui regrettent son absence d’expérience dans la gestion d’une administration culturelle.
Un blog culturel titre : “Maintenant n’importe qui peut présider un musée, pourvu qu’il plaise au prince.”
Elle dirige l’établissement public du château pendant plus de douze ans — un record — sur 830 hectares de parc et 2 300 pièces. Elle est reconduite par François Hollande en 2016, puis par Emmanuel Macron en 2019. Trois présidents successifs de sensibilités différentes : la continuité comme méthode, la confiance comme capital.
Bilan affiché : 6 000 m² de salles supplémentaires ouvertes, 70 millions d’euros de mécénat réunis, de grands travaux de restauration.
Le mécénat a ses revers. En 2013, elle accueille à l’Orangerie du château une exposition du photographe sud-coréen Ahae, pseudonyme de l’homme d’affaires Yoo Byung-eun, qui verse au total plusieurs millions d’euros à Versailles. Yoo Byung-eun sera par la suite condamné pour escroquerie et identifié comme cofondateur d’un mouvement considéré comme une secte en Corée du Sud. Son fils Keith Yoo, organisateur des expositions, reste introuvable. Le ministère de la Culture répond à l’affaire par l’élaboration d’une charte du mécénat. Personne n’est tenu pour responsable.
Autre incident : l’achat de sièges classés monuments nationaux, finalement reconnus comme œuvres de faussaires.
En octobre 2024, elle quitte Versailles pour prendre la direction du développement culturel de l’Agence française pour le développement d’AlUla en Arabie Saoudite. Bref passage.
En septembre 2025, elle revient à l’Élysée comme conseillère spéciale culture d’Emmanuel Macron. Cinq mois plus tard, le 26 février 2026, elle est nommée ministre de la Culture. Elle devient la 28e ministre de la Culture depuis 1959, succédant à Rachida Dati, partie en campagne pour la mairie de Paris.
Sur son bureau à son arrivée : la crise du Louvre après le vol du 19 octobre 2025, la réforme contestée de l’audiovisuel public, et le projet Nouvelle Renaissance souhaité par Macron, estimé à plus d’un milliard d’euros. Le Canard Enchaîné rapporte ce commentaire d’un conseiller présidentiel sur son choix : “On n’a qu’elle à se mettre sous la main.”
Ainsi, Catherine Pégard aura mis quarante ans à passer de l’observation du pouvoir à son exercice direct — itinéraire d’une femme de réseaux qui a su traverser Sarkozy, Hollande et Macron sans jamais dépendre des urnes, offrant à chaque président la chose la plus précieuse qui soit : une loyauté sans date d’expiration.
Paul Corey