Ministre de l’écologie
L'expertise internationale au pouvoir...

Trente ans à négocier la transition écologique depuis les palais des Nations unies.. En octobre 2025, elle hérite d’un ministère dont le budget est stable, le fonds vert réduit de moitié, et la COP30 programmée trois semaines après sa prise de fonctions.
Née le 22 août 1956 à Safi, au Maroc, Monique Barbut fait des études d’économie et d’anglais à Paris. Elle commence sa carrière en 1981 à l’Agence française de développement, institution de l’aide aux pays étrangers. Aucun mandat électif. Aucun passage par un cabinet politique. Sa trajectoire se construit entièrement dans les couloirs des organisations internationales, loin des scrutins et des majorités parlementaires.
En 1992, elle participe à la création du Fonds mondial pour l’environnement (FEM), qu’elle sera amenée à diriger. De 2003 à 2006, elle dirige la division Technologie, Industrie et Économie du Programme des Nations unies pour l’environnement. De 2006 à 2012, elle est directrice générale et présidente du FEM.
Vingt ans à gérer des milliards de dollars de financements climatiques à l’échelle mondiale. Zéro expérience de la rue de Grenelle, du Parlement ou d’un préfet.
Le 16 septembre 2013, le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon la nomme secrétaire exécutive de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification. Elle occupe ce poste jusqu’en février 2019, soit cinq ans de négociations multilatérales entre États.
Macron la nomme ensuite envoyée spéciale pour le One Planet Summit sur la biodiversité de mai 2020 à janvier 2021, puis présidente du WWF France de janvier 2021 à 2023. En septembre 2025, elle revient à l’Élysée comme conseillère climat. Trois semaines plus tard, elle est ministre.
Dans le gouvernement Lecornu II, le ministère de la Transition écologique remonte au quatrième rang protocolaire — il n’était qu’à la onzième place sous le précédent exécutif. Le symbole est fort.
Le budget du ministère s’établit à 8,4 milliards d’euros pour 2026. Le fonds vert, qui avait accompagné 9 200 communes en deux ans, est abaissé à 650 millions d’euros. La ministre défend la coupe par le calendrier électoral. Elle pose sa doctrine d’entrée : “L’État n’est pas le financeur de la transition écologique.”
La COP30 de Belém en novembre 2025 est son premier grand test international. C’est aussi son premier échec documenté.
Devant les commissions de l’Assemblée nationale le 17 décembre, elle déclare être “très déçue du résultat global” : aucune avancée sur la sortie des énergies fossiles, aucune mention explicite de la déforestation, malgré une conférence tenue en pleine Amazonie. Elle relève que 76 pays n’ont toujours pas soumis leur plan de réduction des émissions, un “manquement” qui “érode la crédibilité du système”.
Elle menace de bloquer des fonds européens destinés à l’Inde si New Delhi ne respecte pas ses engagements climatiques.
Sur les trois prochaines COP, prévues en Turquie, en Éthiopie et en Inde, elle dit “craindre le pire”. Elle préconise que l’Europe “se prépare à refuser un accord” si les conditions ne sont pas réunies.
Trente ans de négociations multilatérales pour aboutir à ce constat. Elle hérite par ailleurs d’un ministère dont sa prédécesseure dénonçait déjà les reculs environnementaux, les coupes budgétaires et les attaques contre les énergies renouvelables.
Ainsi, Monique Barbut incarne le paradoxe du diplomate climatique promu ministre national : reconnue dans les enceintes onusiennes pour avoir construit les outils du financement vert mondial, elle se retrouve à défendre un budget en recul réel, à amortir l’échec de Belém, et à gouverner le ministère qu’elle-même qualifie, non sans franchise, d’”impossible”.
Paul Corey