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Ministre de l’Éducation nationale

La continuité comme trajectoire...

Ministre de l’Éducation nationale

L’homme qui pilote tout le système depuis cinq ans déclare, au soir de sa nomination comme ministre, que la situation est « extrêmement inquiétante ».

Né le 2 octobre 1978 à Épinay-sur-Seine, Edouard Geffray suit la trajectoire canonique de la haute fonction publique française. Maîtrise d’histoire économique à Paris-Sorbonne, Sciences Po Paris, ENA promotion Romain Gary entre 2003 et 2005.

À sa sortie, il entre au Conseil d’État comme auditeur, y devient rapporteur public jusqu’en 2012. Il rejoint ensuite la CNIL, d’abord comme directeur des affaires juridiques, puis comme secrétaire général, poste qu’il occupe cinq années.

Aucun mandat électif. Aucune expérience d’enseignement. Jamais passé par une salle de classe.

En mai 2017, il devient directeur de cabinet de François Bayrou, garde des Sceaux. Le passage dure six semaines : Bayrou démissionne en juin. Geffray rebondit immédiatement rue de Grenelle. De septembre 2017 à juillet 2019, il est directeur général des ressources humaines de l’Éducation nationale.

Jean-Michel Blanquer, qui vient d’arriver, l’y installe. Le tandem durera sept ans sous des formes successives.

De juillet 2019 à août 2024, il occupe le poste de directeur général de l’enseignement scolaire (DGESCO) : réforme du baccalauréat sous Blanquer, gestion de la crise sanitaire dans les établissements, puis mise en œuvre du « choc des savoirs » sous Gabriel Attal.

Cinq ans au sommet de la machine. Il traverse six ministres successifs depuis le début du second mandat de Macron — Pap Ndiaye, Attal, Oudéa-Castéra, Belloubet, Genetet, Borne — comme garant de la continuité administrative.

La continuité, en l’occurrence, d’un système en dégradation documentée.

Nommé le 12 octobre 2025, il devient le septième ministre de l’Éducation nationale depuis 2022. Sa première déclaration publique : la situation de l’école est « extrêmement inquiétante ». Les syndicats relèvent l’ironie : c’est lui qui a été le chef d’orchestre de la mise en place des politiques des cinq dernières années.

Le ministère gère 800 000 professeurs et 12 millions d’élèves. Son premier budget en tant que ministre traduit la logique d’ensemble. Les crédits de la mission Enseignement scolaire, hors retraites, passent de 65 milliards d’euros en 2024 à 63,9 milliards pour 2026 en euros constants.

Pour la première fois, ce budget passe derrière celui de la Défense.

À la rentrée 2026, 3 256 postes d’enseignants seront supprimés — 1 891 dans le primaire, 1 365 dans le secondaire. Les syndicats découvrent en réunion technique un chiffre initial de 4 032, avant recalibrage. Qualifié de « sanglant » et de « douche froide » par les représentants des enseignants.

Sa justification : la démographie. Le ministre affirme qu’en suivant strictement l’évolution des effectifs élèves, le ministère aurait pu supprimer jusqu’à 9 000 postes. Le SNES-FSU répond avec les chiffres des huit rentrées précédentes : sous Macron, 8 865 emplois d’enseignants ont été supprimés dans le secondaire public alors même que les effectifs y augmentaient de 8 029 élèves.

Le résultat aux évaluations internationales PISA préoccupe particulièrement le second degré. Geffray annonce en parallèle une réforme des concours d’enseignants, ramenés de bac+5 à bac+3. Les 7 938 postes de stagiaires créés dans ce cadre transitoire sont présentés comme un solde positif d’emplois — effet conjoncturel lié à la cohabitation temporaire de deux concours. Les syndicats parlent d’habillage comptable.

Ainsi, Édouard Geffray incarne la version ultime du haut fonctionnaire promu ministre : architecte discret d’un système qu’il diagnostique lui-même en crise, chargé désormais de le réformer avec un budget en recul réel, 3 256 postes en moins, et la confiance des enseignants à reconstruire.

Paul Corey