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Le pays qui compte, le pays qui raconte

Pays-Bas vs France

Le pays qui compte, le pays qui raconte

Deux fois plus petit que la Nouvelle-Aquitaine. Dix-huit millions d’habitants. Pas de bombe, pas de siège au Conseil de sécurité, pas de Panthéon. Les Pays-Bas n’ont rien de ce dont nous sommes si fiers. Ils ont simplement des comptes.

Excédent commercial : 103 milliards d’euros en 2025. Nous : 70 milliards de déficit. Écart de 173 milliards entre un pays qui vend et un pays qui achète à crédit.

Chômage : 3,5 % là-bas — c’est-à-dire plus de chômage du tout, juste le temps de traverser la rue. 8,3 % ici, où traverser la rue prend une génération.

PIB par habitant, en pouvoir d’achat réel : 55 600 euros contre 40 700. Un Néerlandais vit un tiers mieux qu’un Français. Ce n’est pas une nuance statistique. C’est un tiers de sa vie.

Et ils font tout cela en réarmant. Déficit public contenu à 1,6 %, dette sous les 45 % du PIB, pendant que les dépenses militaires grimpent.

Nous : 5,1 % de déficit, 115,6 % de dette. Nous n’avons ni les canons ni les comptes. Nous avons les commentaires.

Le plus humiliant, c’est l’Italie. L’Italie, notre alibi favori, celle qu’on citait pour se rassurer — 154 % de dette en 2020, 139 % aujourd’hui. Rome désendette. Paris s’endette. Le cancre du fond de la classe a rendu ses devoirs, et il nous double.

Alors cessons de chercher des circonstances atténuantes. Nous en avons une réserve inépuisable : notre qualité de vie, notre histoire sur deux mille ans, notre modèle social, l’Etat obèse et impotent, l’Europe fédérale, les marchés financiers, l’immigration hors contrôle, les riches qui ont fui le pays, les hauts fonctionnaires qui le dirigent…

Ces explications ont toutes un point commun, toutes : commenter le déclin, souvent les conséquences plutôt que les causes, sans se remettre au travail.

Le 6 octobre, la copie budgétaire pour 2027 est rendue. Le sujet est connu depuis quinze ans. L’équation est simple. Il nous faudra chercher trois lignes.

Un cap pluriannuel ferme sous les 3 %, tenu par des majorités successives et pas seulement annoncé par celle du moment.

Un solde primaire assez solide pour que la dette recule.

L’ effort là où se trouve l’argent. Les deux tiers de la dépense publique sont sociaux, on ne redresse pas un budget en rognant les trombones du ministère.

Il n’y a rien d’insurmontable dans tout ceci. Les Néerlandais ne sont pas plus intelligents que nous. Ils sont simplement d’accord sur un point que nous refusons d’admettre : on ne distribue que ce qu’on a produit.

Nous produisons des débats. Ils produisent des excédents. Le 6 octobre nous dira si nous avons enfin compris la différence.

Paul Corey