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Mandat 2027 : le refus (3/7)

Chacun a choisi sa crise. Mais le pays les traverse toutes.

Mandat 2027 : le refus (3/7)

Mélenchon, Tondelier, Glucksmann, Lisnard, Faure voient chacun une partie du problème français. Aucun n’accepte encore que dette, production et modèle social commandent ensemble la réponse.

Cinq candidats regardent la même France et ne voient pas la même crise. Aucun n’est aveugle, aucun n’est immobile Certains proposent des ruptures considérables. Chacun tient pourtant que sa propre crise viendra en premier, et que les autres attendront leur tour.

Jean-Luc Mélenchonvoit un système politique, social et écologique arrivé au bout de sa logique. Marine Tondelier voit une économie qui continue de traiter les limites physiques (écologiques) comme si elles n’existaient pas. Raphaël Glucksmann voit une Europe devenue trop faible pour protéger son modèle et ses citoyens. David Lisnard voit un pays étouffé par l’État, les normes et la dépense. Olivier Faure voit un contrat social abîmé par dix années de politiques qu’il conteste.

Chacun tient un bout de vérité. Mais aucun n'a la solution.

Ils refusent tous, chacun à sa manière, le point de départ du sursaut. La France ne préservera durablement ses acquis, sa liberté politique, son modèle social et sa transition écologique qu’en remettant simultanément à niveau ce qu’elle produit, ce qu’elle dépense et ce qu’elle garantit.

Ils ne refusent pas le changement. Ils ne s’accordent pas sur ce qu’il faut changer.

Mélenchon est celui qui a poussé le plus loin la préparation du lendemain. Programme de plusieurs centaines de mesures, VIe République, Constituante, planification, nationalisations, doctrine européenne : là où beaucoup improviseront leur pouvoir après l’avoir conquis, lui a déjà réfléchi à la manière de l’exercer. Sa rupture est réfléchie et préparée.

Elle repose sur une autre lecture de la contrainte. Retraite à 60 ans, hausse des revenus, réduction du temps de travail, extension des protections : la crise sociale appelle chez lui davantage de droits et davantage de redistribution. La dette devient un rapport politique qu’il propose de modifier, jusqu’à défendre l’effacement de la part détenue par la Banque de France.

Là où le sursaut voit une protection sociale devenue trop lourde pour la quantité de travail qui la finance, il voit d’abord une richesse mal répartie et des institutions qui empêchent d’en reprendre le contrôle.

L’intention est noble, la cohérence est réelle. L’arithmétique, elle, pose question. Mélenchon rêve d’un monde nouveau. Il lui reste à montrer comment ce monde financera ce que l’ancien ne finance déjà plus.

Tondelier déplace encore la contrainte. Chez elle, la limite première est physique. Le climat, l’énergie, l’eau, les sols imposent leurs propres échéances. Une dette se renégocie, se restructure, s’étale. Une tonne de carbone émise ne se négocie pas avec une banque centrale. C’est une objection sérieuse et intelligente au raisonnement du sursaut, et elle est portée jusqu’au bout : la transition demande des investissements considérables avant que leurs bénéfices apparaissent, et elle oblige à renoncer à des productions, des usages, des consommations.

Tondelier assume donc l’idée de contrainte plus franchement que beaucoup.

Le sacrifice change de nature lorsqu’il devient financier. La protection sociale demeure largement préservée, et l’effort est recherché dans les hauts patrimoines, les revenus élevés, certaines entreprises, les activités polluantes.

Tondelier sait que la nature ne négocie pas. Le créancier, lui, choisit librement s’il prête, et à quel taux, selon le risque qu’il perçoit sur son horizon d’investissement. Cette décision-là reste soumise à la fragilité du jugement humain.

Glucksmann raisonne à une autre échelle. Son sujet premier est la puissance. Réindustrialisation, défense, souveraineté technologique, commande publique européenne : il a compris qu’un pays qui ne produit plus assez dépend de ceux qui produisent à sa place. Sur ce point, il rejoint directement le sursaut.

Il s’en éloigne lorsqu’arrive la facture intérieure. Son raisonnement compte sur l’investissement, la croissance retrouvée, la mobilisation européenne et une fiscalité plus progressive, davantage que sur une refondation du périmètre social français. La Cour des comptes chiffre à quatre-vingts milliards l’effort restant pour repasser sous les 3 %. La dette reste chez lui un symptôme dérivé.

Glucksmann veut que la France et l’Europe deviennent “puissance”. Il ne dit pas ce que notre pays devra abandonner pour y parvenir ni comment l’Europe doit évoluer pour devenir vraiment une solution.

Lisnard parle de dette, de travail, de production, de réduction de la dépense publique avec une constance que peu revendiquent. Il franchit les premières marches : il place la faillite financière en tête des menaces sur la souveraineté, compare le poids français de la protection sociale à la moyenne européenne, désindexe les pensions au-delà d’un seuil, plafonne certains revenus sociaux.

Son raisonnement part pourtant dans l’autre sens. L’État français prélève, réglemente et administre au point d’empêcher la richesse nécessaire au redressement de se former ; il faut donc libérer avant de répartir, rendre de l’espace aux entreprises, aux collectivités, aux individus.

Le geste central de son projet consiste à dessaisir le pouvoir qu’il demande. Et sur deux cents milliards d’économies revendiqués, quarante vont à la dette. Pourtant, une économie libérée produit davantage demain. La dette, les retraites, la santé et la dépendance présentent leur facture aujourd’hui.

Lisnard sait quel État maîtriser. L’idéologie est défendable mais le diable est dans les détails.

Faure occupe une place à part dans ce groupe. Les quatre autres cherchent la cause de nos difficultés dans un “système”. Au final, lui, la cherche dans une date : 2017.

Sa causalité tient dans un mot de sa déclaration de candidature : réparer. Réparez ce que dix années ont abîmé, restaurez les protections, et la machine repart. Trois verbes annonçaient une refondation, le dernier en réduit la portée.

Les dégâts sont réels. Le bilan de la décennie interroge. Mais le modèle social affrontait déjà le vieillissement, l’insuffisance de l’emploi des seniors, la concentration du financement sur le travail. La désindustrialisation avait commencé bien avant. La dette augmentait depuis des décennies.

Les dix dernières années n’ont pas détruit une architecture équilibrée. Elles ont prolongé, puis exposé, une architecture qui ne l’était plus.

Faure nomme une décennie mais la panne est plus ancienne.

C’est là que les cinq se retrouvent. Cinq diagnostics, cinq cohérences, une même absence.

Aucun ne place au centre de son projet la nécessité de traiter la dette, la quantité de travail et de production, le coût du modèle social et les moyens politiques de l’imposer.

Ce n’est pas qu’ils n’ont pas compris. Ils pensent que le problème principal est ailleurs.

Paul Corey