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L’empire ou la tribu — la nation au milieu (2/3)

UNE NATION QUI NE PROTÈGE PLUS MEURT

L’empire ou la tribu — la nation au milieu (2/3)

Il existe une confusion tenace dans le débat politique occidental : on confond ce qu’une nation aspire à être avec ce qui lui permet de durer. On lui prête des vertus — démocratie, prospérité, ouverture — comme si elles constituaient son essence. Elles n’en sont que les modalités. L’essence d’une nation, depuis Hobbes jusqu’à Weber, a toujours été la même : le monopole de la protection. C’est un constat anthropologique.

Les hommes n’ont pas inventé l’État pour débattre — ils l’ont inventé pour survivre. La démocratie sans sécurité n’est qu’une procédure. La prospérité sans frontières défendues n’est qu’une richesse exposée. Le “vivre-ensemble” sans cadre coercitif n’est qu’un vœu pieux. Les nations qui durent sont celles qui ont compris cet ordre des priorités : d’abord protéger, ensuite construire, enfin délibérer.

Et voici ce que les démocraties libérales peinent à admettre : la protection n’est pas l’apanage de la démocratie.

La Chine protège son marché intérieur, ses industries stratégiques, ses frontières technologiques — sans parlement délibératif, sans presse libre, sans alternance politique. La Russie protège — ou prétend protéger — son peuple contre l’encerclement occidental. Israël fonde sa légitimité non sur le consentement de ses voisins, mais sur sa capacité à garantir, par la force et la dissuasion, l’existence physique de son peuple.

On peut condamner leurs méthodes. On ne peut pas nier leur cohérence interne : l’État existe d’abord comme bouclier — et c’est ce bouclier qui lui confère sa légitimité aux yeux de leurs populations.

Cette réalité dérange, parce qu’elle oblige à dissocier deux notions que l’Occident a longtemps cru indissociables : la démocratie et la souveraineté.

La souveraineté fait une nation. Elle précède la démocratie.

Appliquons ce principe à la France. Depuis trente ans, le débat sur le communautarisme tourne en rond — entre ceux qui nient le phénomène et ceux qui l’instrumentalisent. Les uns brandissent les valeurs républicaines comme si leur répétition suffisait à les incarner. Les autres désignent des boucs émissaires. Ni les uns ni les autres ne posent la bonne question : pourquoi des communautés se referment-elles sur elles-mêmes ? La réponse est simple, et brutale : parce que l’État ne protège plus.

Lorsque la nation n’assure plus la sécurité physique dans certains territoires, lorsqu’elle abandonne ses industries à la délocalisation, lorsqu’elle laisse des pans entiers de sa population face à la précarité sans filet crédible — les communautés comblent le vide. Elles organisent leur propre solidarité, leur propre ordre, leur propre identité de substitution. Le repli communautaire n’est pas une pathologie culturelle. C’est une réponse rationnelle à une défaillance de l’État. On ne restaurera pas le sentiment national en France par des discours sur le roman commun ou des cérémonies républicaines. On le restaurera en restaurant la protection : sécurité dans les quartiers, industrie sur le territoire, énergie maîtrisée, frontières assumées. C’est la souveraineté budgétaire qui permet d’investir dans les services publics. C’est la souveraineté industrielle qui permet de proposer des emplois là où il n’y en a plus. C’est la souveraineté stratégique — sur l’énergie, la défense, la technologie — qui permet à un État de tenir ses promesses envers ses citoyens. La souveraineté n’est pas un concept nationaliste. C’est un prérequis fonctionnel. Sans elle, la protection est une rhétorique. Avec elle, elle devient une réalité tangible — et c’est cette réalité, seule, qui peut dissoudre la crise identitaire et réintégrer les communautés dans le corps national. Le projet européen, dans sa forme actuelle, pousse la France — et ses partenaires — dans la direction inverse. Il ne propose pas de protection. Il propose des règles. Et c’est précisément là que se noue l’impasse dont il faut maintenant tracer la sortie. WOW! Media publie chaque matin une analyse indépendante de l’actualité politique et économique. Si cette lecture vous a été utile, partagez-la — c’est le seul algorithme qui vaille.

Paul Corey