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L’université gratuite pour tous : droit sacré ou gaspillage d’État ?

43 milliards d'euros par an consacrés à l'enseignement supérieur. Quel est le retour sur investissement ?

L’université gratuite pour tous : droit sacré ou gaspillage d’État ?

Chaque année, la collectivité nationale consacre 43 milliards d’euros à l’enseignement supérieur, soit près de 13 000 euros par étudiant. Et pourtant, un étudiant sur deux échoue dès sa première année de licence. Plus on dépense, moins le système rend de comptes.

Le modèle français repose sur un principe simple : l’État finance, l’étudiant étudie, et personne ne s’interroge sur le retour. Les droits d’inscription restent symboliques, 170 euros en licence, 243 euros en master, pendant que la collectivité absorbe la quasi-totalité du coût réel de la formation.

Cette générosité fait de la France un cas singulier dans le paysage mondial. Elle finance indistinctement toutes les filières, sans distinction de débouché, d’employabilité ou d’engagement de l’étudiant envers la collectivité qui le forme.

Le problème n’est pas la générosité elle-même. C’est son absence de contrepartie.

Près de la moitié des étudiants échouent en première année de licence. Un quart des diplômés de master en lettres et sciences humaines sont au chômage un an après leur sortie. Pendant ce temps, les universités s’enfoncent dans le déficit, leur nombre en difficulté budgétaire ayant doublé en trois ans. L’argent coule, mais il ne produit ni insertion ni excellence. Il finance la reproduction d’un système qui s’épuise.

Aux États-Unis, les familles paient des frais considérables, mais le système reste sélectif et performant.

En Allemagne, la gratuité existe, mais elle représente un choix budgétaire massif et assumé, l’État y consacrant l’équivalent de plus de 21 000 dollars par étudiant.

Au Royaume-Uni comme en Australie, les étudiants remboursent leurs études via des prêts indexés sur leurs revenus futurs, ce qui aligne le financement sur la trajectoire professionnelle réelle.

Singapour va plus loin encore. L’État y couvre l’essentiel du coût de la formation, mais le boursier s’engage en retour à travailler plusieurs années dans une entreprise locale, sous peine de remboursement intégral. La gratuité n’y est pas un droit. C’est un contrat.

La France a d’ailleurs déjà accepté ce principe, sans l’admettre. Dans l’apprentissage, le coût pour les finances publiques est passé de 6 milliards d’euros en 2018 à près de 15 milliards en 2023. Une réforme récente impose désormais aux employeurs une participation obligatoire pour les formations longues. La responsabilisation existe donc déjà dans une partie du système.

Mais elle s’arrête simplement à la porte de la licence classique, comme si l’argument de la solidarité nationale ne s’appliquait qu’à certains parcours et pas à d’autres.

L’argent public doit continuer à financer des formations sans considération pour leur utilité collective ?

Un système qui paie aveuglément, sans distinguer les filières porteuses des filières saturées, n’est pas un système généreux. C’est un système irresponsable.

Dans un contexte de dette publique hors contrôle, chaque euro mal alloué est un euro qui ne sert ni l’étudiant, ni l’employeur, ni la nation. Les pays qui combinent financement public et responsabilisation, qu’elle soit financière ou contractuelle, parviennent à concilier accessibilité et performance. La France, elle, continue de financer le passé en espérant que l’avenir s’ajuste tout seul, comme par miracle. Il n’en sera pas ainsi.

Maintenir un financement public fort pour les filières d’excellence et les formations professionnalisantes à forte insertion. Introduire des mécanismes de contribution différée pour les parcours dont l’insertion reste faible. Renforcer les partenariats entre universités et employeurs, sur le modèle déjà amorcé dans l’apprentissage.

Il ne s’agit pas de remettre en cause le droit à l’éducation, mais de mettre fin au gaspillage, faussement déguisé en générosité.

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Paul Corey