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Macron : encore un discours pour rien

La fermeté dans les mots. Le bilan et la remise en question, nulle part.

Macron : encore un discours pour rien

Le 17 octobre, 550 000 Français ont manifesté contre la vie chère et pour l’école. La journée s’est achevée sur 1 800 interpellations et 600 policiers, gendarmes et pompiers blessés. Le lendemain, Emmanuel Macron a trouvé les mots de la condamnation. Neuf ans de pouvoir, et toujours aucun bilan.

Il a soutenu les forces de l’ordre, dénoncé des « factieux » d’ultragauche rejoints par de nombreux délinquants, confié le dialogue au Premier ministre et l’ordre aux préfets. Puis il a lancé : « J’attends des réponses claires. » La formule résume tout.

Le président demande des comptes. Il oublie d’en rendre.

Condamner les violences ne dispense pas d’expliquer comment nous en sommes arrivés là. Une question reste sans réponse, et le président l’esquive : pourquoi l’État ne parvient-il plus à empêcher de tels basculements ?

Hannah Arendt l’a écrit dans La Crise de la culture : là où la force est employée, l’autorité proprement dite a échoué.

Chaque appel à la fermeté sonne donc comme un aveu. Quand il faut des grenades pour tenir la rue, l’autorité a déjà déserté.

La colère lycéenne et sociale porte des revendications légitimes : des classes surchargées, des professeurs non remplacés, une vie qui coûte trop cher. Elle devient vite le terrain d’une surenchère politique, puis l’aubaine de groupes venus affronter la police ou piller des commerces. Ces trois dynamiques se distinguent. Mais elles se nourrissent pourtant l’une l’autre.

LFI a voulu chevaucher la colère lycéenne. Elle s’est fait déborder. L'échec est retentissant.

Qui souffle sur les braises ne choisit pas la direction de l’incendie, mais il en répond.

Désigner ce parti ne suffit pourtant pas à expliquer les pillages. Une vitrine défoncée porte rarement un programme. Elle signe l’opportunisme, l’effet de meute et une certitude tranquille : la sanction ne viendra pas. Voilà l’impunité probable, ce calcul silencieux qui précède le premier pavé.

C’est cette rupture avec la règle commune que le président refuse de regarder. Il nomme des responsables partout autour de lui, a commencer par les “gaulois réfractaires”, sauf à l’Élysée.

D’abord l’école. Le collège unique exige un bilan sans complaisance : comment instruire ensemble sans imposer un parcours uniforme à des élèves dont les besoins diffèrent ? Comment maintenir l’exigence, faire respecter les enseignants et proposer des voies professionnelles choisies et respectées ? Le Conseil supérieur des programmes reconnaît lui-même les résultats mitigés du modèle. Le défendre encore revient à repeindre la façade d’un bâtiment dont les fondations s’effondrent.

La justice. Les peines planchers et les années de prison affichées dans les textes saturent le débat. L’essentiel se joue ailleurs : la certitude d’une réponse, son délai, son exécution, son efficacité. Une justice débordée, des prisons pleines à craquer et des sanctions incomprises ruinent la confiance. Une chaîne vaut ce que vaut son maillon le plus faible. La nôtre cède de partout, pendant que les responsables politiques promettent une fermeté dont ils ne précisent jamais les moyens.

L’intégration. Une politique d’immigration doit être pensée avec les capacités réelles du pays : logement, école, apprentissage du français, emploi. L’accueil des étudiants étrangers doit lui aussi reposer sur des formations sérieuses et des conditions de vie viables. Leur imputer les violences relève du raccourci. La question demeure : quelle politique d’accueil et d’intégration l’État est-il réellement capable d’assumer ? Personne n’ose y répondre.

Derrière ces impasses, une conception socialo-progressiste doit être affrontée : celle qui confond égalité et uniformité, compréhension et déresponsabilisation, ouverture et absence de limites. La droite et le centre en portent leur part, eux qui ont conservé les mêmes dispositifs en promettant de restaurer l’autorité.

Gilets jaunes en 2018, émeutes de l’été 2023, convergence des colères en 2026 : à chaque crise, les mêmes mots, les mêmes réunions, le même vide. Après neuf ans à l’Élysée, Emmanuel Macron ne peut plus se défausser.

Demander au gouvernement de tirer les leçons des défaillances d’anticipation est nécessaire. C’est aussi bien commode.

Le président doit expliquer sa propre responsabilité dans l’état des institutions chargées d’instruire, de protéger, de juger et d’intégrer.

Les Français savent que tout ne se règle pas en une soirée. Ils ont assez entendu de promesses de dialogue et de fermeté.

Le président attend des réponses. Les Français, eux, attendent qu'il rende compte.

Depuis 1789, la Déclaration des droits de l’homme l’affirme : la société a le droit de demander compte à tout agent public de son administration.

Le premier d’entre eux siège à l’Élysée.

L’autorité commence lorsque celui qui l’exerce accepte, lui aussi, de rendre des comptes.

UN SUJET. UN ÉDITO. DES IDÉES. UN FONDS.

Libre. Indépendant. Différent. Nécessaire.

Paul Corey