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Émeutes du 17 octobre : et si l’on nommait enfin ceux qui ont laissé faire ?

Un hôtel de ville classé monument historique réduit en cendres à Limoges.

Émeutes du 17 octobre : et si l’on nommait enfin ceux qui ont laissé faire ?

Un hôtel de ville classé monument historique réduit en cendres à Limoges. La mairie de Marseille envahie. Près de 2 400 interpellations et un millier de policiers et gendarmes blessés en une seule journée. Et un ministre de l’Intérieur qui reconnaît une perte de contrôle, présente sa démission, et la voit aussitôt refusée.

Samedi, une mobilisation contre la vie chère a servi de rampe de lancement à une vague de pillages d’une ampleur inédite. Paris, Marseille, Lyon, Bordeaux, Rouen, Nancy, Nice. Plus de deux mille commerces touchés, des centaines de millions d’euros de dégâts. Dimanche, la casse a repris. Lundi, les maires appellent les Français à se rassembler devant leurs mairies, comme on monte la garde devant une maison menacée.

Le rituel est connu. On condamnera avec fermeté. On désignera l’ultragauche, les casseurs, les réseaux. On promettra des réponses. Puis le pays tournera la page, jusqu’à la prochaine.

Cette fois, WOW! déroge à sa règle. Trop c'est trop.

D’habitude, nous analysons des systèmes. Aujourd’hui, nous nommons. Un système se gouverne. Il a des visages, des signatures, des mandats.

Un chiffre suffit à poser l’acte d’accusation. Selon le garde des Sceaux lui-même, sept gardés à vue sur dix sont majeurs, et très souvent déjà connus des services de police. Ces émeutiers ont donc tous croisé l’école, la police et la justice. Les trois institutions les ont vus passer. Aucune ne les a arrêtés à temps.

Depuis 2012, deux présidents. François Hollande, puis Emmanuel Macron. Sous leur autorité, onze ministres de l’Éducation nationale, sept gardes des Sceaux, neuf ministres de l’Intérieur. Vingt-sept titulaires en quatorze ans sur les trois ministères qui tiennent la nation debout.

On peut évoquer une forme d’ irresponsabilité tournante : un manège où chacun descend avant que l’addition n’arrive.

L’école d’abord. Vincent Peillon, Benoît Hamon et Najat Vallaud-Belkacem ont refondé, réorganisé, réformé le collège en 2016, sans jamais toucher à son architecture : le collège unique. Jean-Michel Blanquer l’a assoupli, rétabli les bilangues, créé « Devoirs faits ». Gabriel Attal a lancé son « choc des savoirs » et les groupes de niveau.

Entre eux et après eux, Pap Ndiaye, Amélie Oudéa-Castéra, Nicole Belloubet, Anne Genetet, Élisabeth Borne, Édouard Geffray. Certains sont restés quelques semaines. Résultat : en septembre 2026, la première évaluation officielle ne mesure aucune amélioration significative après un an de groupes en cinquième. Beaucoup de circulaires. Le modèle est intact.

La justice ensuite. Christiane Taubira supprime les peines planchers en 2014. Nicole Belloubet fait de l’aménagement des peines jusqu’à six mois la règle en 2019. Éric Dupond-Moretti obtient un budget record de 10,1 milliards d’euros en 2024, sans que le service rendu suive.

Pendant ce temps, le plan de 15 000 places de prison glisse, selon la Cour des comptes, vers 2031-2032. Gérald Darmanin a depuis engagé la lutte contre la criminalité organisée. Mais la question demeure entière : condamner, soit. Pour enfermer où ?

L’Intérieur enfin. Manuel Valls, Bernard Cazeneuve, Bruno Le Roux, Matthias Fekl sous Hollande. Gérard Collomb, Christophe Castaner, Gérald Darmanin, Bruno Retailleau, Laurent Nuñez sous Macron. Les lois se sont empilées : 2016, 2018, 2024. La rétention a été allongée, les outils d’éloignement multipliés.

En 2024, à peine 11,4 % des obligations de quitter le territoire ont été exécutées.

Gérald Darmanin a tenu l’Intérieur quatre ans. Il dirige aujourd’hui la Justice. Il traite désormais les conséquences de ce qu’il administrait hier.

Tous n’ont pas démérité au même degré. Certains ont légiféré, financé, tenté. Mais tous partagent une même signature : des réformes annoncées, des résultats jamais garantis. L’État a appris à changer les textes. Il a désappris à les faire appliquer.

Exiger des comptes suppose trois ruptures.

Un bilan public et chiffré, ministère par ministère, à chaque fin de mandat.

Des ministres régaliens nommés pour durer, et jugés sur la durée.

Une loi évaluée sur son exécution, jamais sur son annonce.

Samedi, la France a brûlé. Lundi, personne n’est responsable.

C’est cela, le vrai scandale.

UN SUJET. UN ÉDITO. DES IDÉES. UN FONDS.

Libre. Indépendant. Différent. Nécessaire.

Paul Corey