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Macron : la peur pour faire l’Europe ?

Certes, mais c'est à nous de décider et d'essayer.

Macron : la peur pour faire l’Europe ?

Le président le plus européen de la Ve République est peut-être celui qui croit le moins à la France seule.

En 2017, Emmanuel Macron croyait à tout : la start-up nation, la transformation express, des décennies d’immobilisme balayées en un quinquennat. Dix-huit mois plus tard, les ronds-points étaient jaunes. Puis vinrent le Covid, les retraites au 49.3, la dissolution.

Chaque fois, la France a résisté.

De ces batailles perdues semble être née une conviction : ce pays ne se réformera pas de lui-même.

Dès lors, l’Europe change de nature.

Elle cesse d’être un horizon pour devenir un levier, le niveau où se décide ce que Paris ne parvient plus à trancher.

Et les crises accélèrent le mouvement.

Le Covid a fait tomber le tabou de la dette commune. L’Ukraine fait tomber celui de la défense. La France copréside la coalition des volontaires, noue avec Berlin une coopération nucléaire inédite et inscrit sa dissuasion dans une dimension européenne. La Finlande vient d’ailleurs de rejoindre le dispositif.

La menace russe n’a rien d’imaginaire

Invasion de l’Ukraine, cyberattaques, manipulations de l’information, actions hybrides sur le sol européen. Mais une menace réelle produit aussi des effets politiques.

Elle rapproche les États, mutualise les moyens et rend acceptable ce que la paix aurait refusé. Sans bruit, elle déplace le centre de gravité de la souveraineté.

Que penser, alors ?

Macron a souvent donné le sentiment que ses échecs venaient moins de ses choix que des verrous du pays : les rentes, les corporatismes, la rue, un État prisonnier de lui-même. Le diagnostic n’est pas absurde. Mais il ouvre sur un choix immense.

Puisque la France ne se réforme pas de l’intérieur, il faudrait bâtir à l’extérieur le cadre qui l’y contraindra.

L’Europe devient alors tout à la fois bouclier, puissance et corset.

Voilà la seule cohérence du macronisme.

Il ne s’agit ni d’abolir la France ni de la contourner par calcul. Il s’agit de tenir qu’elle ne retrouvera sa capacité d’agir qu’en la partageant.

Cette conviction mérite d’être débattue, et elle ne l’est pas.

Défense, dette commune, industrie, énergie, frontières, dissuasion : derrière chaque dossier technique affleure la même question politique. Quelle part de leur souveraineté les Français veulent-ils exercer seuls, et quelle part avec les autres Européens ?

2027 ne pourra pas l’esquiver.

D’autant que la Russie ajoute un paradoxe. Plus elle menace frontalement, plus elle soude l’Europe.

Mais une pression diffuse, hybride, difficile à attribuer et maintenue sous le seuil du conflit produit l’effet inverse. Elle inquiète sans rassembler. Elle use sans unir.

Le vrai duel est peut-être là.

Macron voit dans la puissance européenne la réponse à l’impuissance française.

Poutine a tout intérêt à empêcher l’Europe de transformer la menace en unité.

Entre les deux reste une question qui n’appartient qu’aux Français.

Jusqu’où veulent-ils que l’Europe décide pour eux, et avec eux ?

Paul Corey