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Des monarques qui brulent leurs trônes

La Vème n'est pas usée. Elle a été détournée.

Des monarques qui brulent leurs trônes

En 2017, Le Monde célébrait « le nouvel âge du pouvoir ». En 2025, le même journal constate « le délabrement du second mandat ». Entre les deux, huit années à peine. Et un même homme.

Mais derrière Macron, c’est la Vème République elle-même qui se délite — non parce que les institutions auraient vieilli, mais parce qu’elles ont été méthodiquement vidées de leur principe.

La Vème fut pensée pour un homme exceptionnel doté d’un mandat. De Gaulle l’avait conçue ainsi : le président tire sa légitimité du peuple, directement, et la remet sans cesse en jeu. Référendums, dissolutions, démission s’il le faut. En 1969, le peuple dit non. Le Général part. C’était l’esprit même du régime — un monarque, certes, mais un monarque sous mandat.

Depuis 1983, ce principe est mort.

Mitterrand renonce à son programme sous la contrainte des marchés et du SME. Il ne consulte personne. Il reste. Le tournant de la rigueur inaugure l’ère des monarques sans mandat: élus sur un projet, gouvernant à son inverse, sans jamais retourner devant le peuple pour faire valider la bascule.

Tout ce qui suit prolonge cette dérive originelle.

Le quinquennat, en 2000, aligne le mandat présidentiel sur la législature et abolit la cohabitation comme contre-pouvoir. L’inversion du calendrier, en 2002, transforme l’Assemblée en chambre d’enregistrement. Les nominations hors-sol au Conseil d’État et au Conseil constitutionnel verrouillent l’exécutif contre toute remise en cause juridictionnelle. L’élargissement continu du bloc de constitutionnalité — droits sociaux, principes européens, charte de l’environnement — referme le champ législatif par le haut.

À chaque étape, la monarchie républicaine se renforce dans ses prérogatives et s’évide dans son fondement.

Plus le président peut, moins il est mandaté pour le faire.

Privés de mandat domestique, nos monarques en cherchent un ailleurs. Ils trouvent à Bruxelles des règles qui les dispensent d’arbitrer, sur les marchés des créanciers qui les dispensent de gouverner. La dette devient l’oxygène du pouvoir vidé.

Chaque emprunt nouveau est un mandat qu’on n’a pas demandé au peuple et qu’on lui fera payer plus tard.

Macron est l’aboutissement chimiquement pur de cette déchéance. Élu deux fois par défaut. Sans majorité depuis 2022. Réformant par 49.3, gouvernant par décret, légiférant par ordonnance. Un monarque procédural qui n’a plus rien à soumettre au peuple, sinon le commentaire de ses propres impuissances.

La question qui suit relève de la lucidité, plus de la politique.

Nos monarques ont-ils compris qu’ils ont scié la branche sur laquelle reposait leur propre légitimité ? Que le peuple ne supporte plus d’être présidé par des oligarques sans mandat, sans majorité, sans projet validé ? Que le maintien de la fonction sans son fondement n’est plus une République, mais une gouvernance dérisoire et méprisable ?

Le pouvoir français a passé quarante ans à se protéger du peuple pour mieux se protéger de lui-même. Et c’est par là, à force de se sauver, que la Vème est en train de mourir. Ce sont les faits.

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Paul Corey