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Meloni : la radicalité au pouvoir ?

Édito WOW! · 26 mai 2026

Meloni : la radicalité au pouvoir ?

Trois ans et demi après son arrivée au pouvoir, Giorgia Meloni a réduit le déficit italien de moitié, fait chuter le chômage à son plus bas niveau depuis vingt ans, et obtenu de Bruxelles 192 milliards d’euros. Issue d’un parti longtemps qualifié d’eurosceptique et d’héritier du post-fascisme. Le paradoxe mérite examen.

Meloni dessine un écart impressionnant entre le discours et la pratique. Première dirigeante d’Europe occidentale issue d’un parti revendiquant l’héritage post-fasciste, elle a tenu là où la République italienne, qui a connu 70 gouvernements depuis 1946, n’attendait personne.

Le bilan économique est l’aspect le plus contre-intuitif. Une dirigeante venue d’un parti longtemps présenté comme dépensier a appliqué l’une des consolidations budgétaires les plus rapides d’Europe occidentale. Le déficit public est tombé de 7,4 % du PIB en 2023 à 3,1 % en 2025. Le chômage a atteint 5,1 % en janvier 2026, son plus bas niveau depuis 20 ans.

L’orthodoxie a un coût politique : les baisses d’impôts promises ont été abandonnées, et le taux de prélèvements obligatoires a grimpé à 43,1 % du PIB. Le facteur passé sous silence reste l’apport européen : 192 milliards d’euros alloués à Rome au titre du plan de relance, contre 39 milliards pour Paris. Un gouvernement avec parti pris contre l’intégration européenne dans la rhétorique en est aujourd’hui le principal bénéficiaire pratique.

Sur la migration, même dissociation. Les arrivées maritimes ont chuté de 157 651 personnes en 2023 à environ 66 600 en 2024. Mais en 2025, la route centre-méditerranéenne s’est partiellement rouverte, et les accords avec la Tunisie et l’Albanie ne tiennent qu’au prix d’efforts diplomatiques constants. Parallèlement, le gouvernement a programmé 452 000 visas de travail pour 2023-2025 et 497 550 pour 2026-2028. Le discours public reste ferme. L’administration organise un afflux légal sans précédent.

Le repositionnement diplomatique constitue la transformation la plus profonde. Soutien militaire ininterrompu à l’Ukraine, vote en faveur de toutes les sanctions européennes contre la Russie, hausse des dépenses de défense vers la cible OTAN. L’Italie est devenue, paradoxalement, l’un des États membres les plus prévisibles de l’Alliance atlantique. Reçue à Washington par Biden en mars 2024 puis par Trump en avril 2025, Meloni occupe un pivot diplomatique inédit.

Le point noir se concentre sur l’État de droit. Le classement de Reporters sans frontières a fait reculer l’Italie de la 41ᵉ place en 2023 à la 49ᵉ en 2025, derrière le Gabon et la Macédoine du Nord. Le rapport État de droit 2025 de la Commission européenne pointe les ingérences dans le service public, le recours aux décrets-lois et la lenteur judiciaire. L’observatoire Ossigeno a recensé 677 menaces contre des journalistes en 2025, hausse de 31 % sur un an. La trajectoire dessine un mouvement de fond que trois ans ne suffisent pas à trancher.

Pour les droites européennes, le modèle offre une matrice tactique précise. La durée : dix ans pour transformer un parti marginal de 4 % en formation gouvernementale crédible. La coalition : Forza Italia et la Lega assurent une majorité parlementaire stable. La dissociation : un langage identitaire mobilisateur pour la base, une orthodoxie pragmatique pour les institutions.

Pour la France de 2027, la transposition reste incertaine. Avec l’inéligibilité de Marine Le Pen confirmée le 31 mars 2025, la candidature du Rassemblement national reposera sur Jordan Bardella, en miroir de la trajectoire Meloni entre 2018 et 2022. Mais le système français est présidentiel, le scrutin majoritaire force le rassemblement, et le RN demeure un parti pivot sans alliés naturels. Ce qui marche à Rome ne fonctionnera pas nécessairement à Paris.

En 2026, la question est moins de savoir si la droite radicale peut gouverner que de connaître ce qu’elle devient quand elle y parvient.

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Paul Corey