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Meloni vs Macron : les mauvais élèves ont changé de place

Comment Rome a livré ce que Paris a promis

Meloni vs Macron : les mauvais élèves ont changé de place

En 2022, l’élite européenne pronostiquait que Rome plongerait et que Paris consoliderait. En 2026, l’Italie a divisé son déficit par plus de deux pendant que la France peine à le faire descendre sous cinq points. Les chiffres ont, semble-t-il, leur propre opinion politique.

Le récit s’écrivait d’avance. Une postfasciste à Rome, un libéral européen à Paris : les marchés s’inquiétaient, les chancelleries diagnostiquaient, les éditorialistes prévoyaient. Trois ans et demi plus tard, le tableau s’est inversé sur le seul terrain qui ne ment pas — celui des comptes publics tenus.

L’Italie a livré la consolidation que la France a différée. Le déficit transalpin est passé de 7,4 % du PIB en 2023 à 3,1 % en 2025. Le chômage italien, en janvier 2026, est tombé à 5,1 % — son plus bas niveau depuis 2004. Le spread BTP-Bund a atteint son point le plus serré depuis quinze ans. Côté français, le déficit reste à 5,1 %, la dette publique culmine à 115,6 % du PIB, et la charge d’intérêts pourrait devenir, d’ici 2029, le premier poste budgétaire de l’État.

Le contraste atteint la grammaire politique européenne. Une dirigeante issue d’un parti héritier de l’extrême droite a délivré une orthodoxie budgétaire que le centre macronien promettait depuis 2017. Les marchés ont validé la radicale présumée et puni le réformateur autoproclamé.

Mais la symétrie s’arrête là.

L’Italie reste un pays structurellement fragile. Sa dette publique culmine à 137 % du PIB, deuxième de la zone euro. Sa croissance végète sous 1 % pour la quatrième année consécutive. Son taux de fécondité, à 1,18, figure parmi les plus bas du monde. Une part décisive de la stabilisation budgétaire vient de l’extérieur : 191,5 milliards de Next Generation EU, robinet européen dont rien ne garantit la prolongation. Meloni a tenu les comptes ; la machine productive, elle, n’a pas redémarré.

Sur l’État de droit, la trajectoire italienne devient préoccupante. Recul de huit places au classement RSF entre 2023 et 2025, désormais derrière le Gabon. Hausse de 31 % des journalistes menacés en un an. Mainmise documentée sur la RAI, non-transposition de la directive anti-SLAPP, recours systématique aux décrets-lois, attaque à la voiture piégée contre Sigfrido Ranucci en octobre 2025. Le rapport État de droit 2025 de la Commission, le V-Dem Index et le CIVICUS Monitor convergent vers le même diagnostic.

La France n’offre pas, sur ce terrain, le contre-exemple éclatant que sa pédagogie démocratique laisse parfois entendre. Dissolution de l’Assemblée en juin 2024, majorité perdue, succession accélérée de gouvernements, recours répété à l’article 49.3, tensions répétées sur le vote du budget. Le présidentialisme français a tenu institutionnellement ; la délibération parlementaire, elle, a été contournée par d’autres voies.

Au fond, le bilan croisé révèle une inversion plus profonde. Meloni a promis la disruption et livré l’orthodoxie ; Macron a promis la réforme et livré la dérive. Chacun a fait l’inverse de ce qu’il avait fait croire. À Rome, le discours radical a servi de paravent à une pratique conservatrice. À Paris, le discours réformiste a couvert un immobilisme budgétaire que le mandat précédent rendait urgent à corriger.

Pour les droites européennes qui regardent le « modèle Meloni » comme une matrice transposable, la prudence s’impose. Le système présidentiel français offre des leviers exécutifs immédiats que Rome ignore. Il prive aussi d’un mécanisme de coalition qui, en Italie, contient autant qu’il porte. Importer Meloni sans son architecture institutionnelle reviendrait à garder le moteur sans le châssis.

En 2026, la question n’est plus de savoir lequel des deux menace la démocratie européenne. Elle est de savoir lequel sait encore gouverner ce qu’il a promis de réformer.

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Paul Corey