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Le président demande des comptes. Qui rend les siens ?

“J'attends des réponses claires” Emmanuel Macron, 18 octobre 2026

Le président demande des comptes. Qui rend les siens ?

« J’attends des réponses claires. »

Après neuf ans à l’Élysée, Emmanuel Macron demande des explications comme s’il venait de découvrir les défaillances de l’État.

Condamner les violences est nécessaire. Poursuivre les pillards aussi. Mais la responsabilité pénale des casseurs n’efface pas la responsabilité politique des gouvernants.

Cette responsabilité a des noms.

À l’Éducation : Najat Vallaud-Belkacem sous Hollande. Puis, sous Macron, Pap Ndiaye, Gabriel Attal, Amélie Oudéa-Castéra, Nicole Belloubet, Anne Genetet, Élisabeth Borne.

Souvenons-nous de toutes ces nominations. Six ministres en trois ans et demi sous Macron, entre mai 2022 et octobre 2025. Pap Ndiaye, quatorze mois. Gabriel Attal, six mois. Amélie Oudéa-Castéra, à peine un mois. Nicole Belloubet, sept mois. Anne Genetet, trois mois. Élisabeth Borne, dix mois. Un ministère de l’avenir géré comme une salle d’attente.

Ils ont bien occupé le ministère. Qu’y ont-ils fait ? Où sont les réformes ? Najat Vallaud-Belkacem a réformé le collège en 2016 sans toucher au collège unique. Ses successeurs ont empilé les dispositifs sans jamais en changer l’architecture.

Qu’ont-ils durablement amélioré dans la maîtrise des savoirs ? Les classements internationaux ont tranché. En 2022, l’enquête PISA enregistre pour la France une chute de 21 points en mathématiques, la plus forte jamais observée depuis la création de l’enquête. 19 points de moins en compréhension de l’écrit. La part des élèves en difficulté en mathématiques passe de 22 % en 2012 à 29 % en 2022, celle des meilleurs élèves fond de 13 % à 7 %. En 2023, l’enquête TIMSS classe les élèves de CM1 sous la moyenne européenne en mathématiques, à 484 points contre 524. La France y est bonne dernière de l’Union européenne.

Qu’ont-ils amélioré dans le respect des enseignants ? Samuel Paty assassiné en octobre 2020. Dominique Bernard assassiné en octobre 2023. Deux professeurs tués en trois ans pour avoir enseigné. Et un métier qui, chaque année, peine à remplir ses concours.

Qu’ont-ils amélioré dans le fonctionnement des classes ? Gabriel Attal annonce en décembre 2023 un « choc des savoirs » et les groupes de niveau. Ses successeurs le rebaptisent, l’assouplissent, l’appliquent à moitié. En septembre 2026, la première évaluation officielle ne détecte aucune amélioration significative des résultats après un an de groupes en cinquième.

Quel est le bilan ?

Une nomination n’est pas une réalisation. Une conférence de presse et des bons mots ne font pas une réforme réussie. Un « choc des savoirs » doit se mesurer dans les connaissances des élèves. Mesuré, il reste à démontrer.

À la Justice : Christiane Taubira, Nicole Belloubet, Éric Dupond-Moretti.

En 2014, Christiane Taubira supprime les peines planchers. En 2019, Nicole Belloubet fait de l’aménagement des peines de moins de six mois la règle, et de l’incarcération l’exception. Ces choix ont été assumés. Que leurs résultats le soient aussi.

Car pendant que l’on aménageait les peines, personne ne construisait les cellules. Annoncé en 2017, lancé en 2018, le plan de 15 000 places devait porter le parc pénitentiaire à 75 000 places en 2027. En septembre 2025, la Cour des comptes en dénombrait 5 411. Un tiers de la promesse. Un coût réévalué à 5,7 milliards d’euros. Un achèvement repoussé à 2031-2032, bien après le départ de celui qui l’avait promis.

Le résultat se lit chaque mois dans les statistiques de la Chancellerie. Au 1er septembre 2026, 90 020 détenus pour 63 348 places. Un taux d’occupation de 142 %. 8 347 matelas posés à même le sol, une hausse de plus de moitié en un an. La France, condamnée dès 2020 par la Cour européenne des droits de l’homme pour l’état de ses prisons, figure parmi les pires élèves d’Europe. Selon la Contrôleure générale des lieux de privation de liberté, il faudrait ouvrir un centre pénitentiaire toutes les six semaines pour seulement absorber la hausse en cours.

L’aménagement des peines ne peut servir de politique de remplacement aux places de prison manquantes. Il l’est pourtant devenu. Quand les murs manquent, le bracelet supplée, le sursis s’allonge, l’attente s’installe. Selon les propres chiffres du ministère, 8 % des peines de prison ferme restent en attente d’exécution cinq ans après être devenues exécutoires. Cinq ans, c’est le délai de prescription d’une peine délictuelle. Une peine exécutée trop tard ne punit plus. Elle se contente d’exister sur le papier.

Où sont les capacités promises ? Où est la garantie qu’une peine prononcée sera exécutée dans un délai qui lui conserve un sens ?

En 2024, Éric Dupond-Moretti affichait un budget record de 10,1 milliards d’euros. Dans le même temps, la population carcérale renouait avec les records et le plan prisons continuait de glisser. Samedi, la majorité des gardés à vue étaient déjà connus des services. Combien dormiront en cellule ? Combien sur un matelas ? Combien attendront chez eux une peine qui ne viendra jamais ?

Les annonces budgétaires ne répondent pas à ces questions. Les résultats, oui. Et les résultats accusent.

A l’Intérieur : Bruno Le Roux, Matthias Fekl, Christophe Castaner, Gérald Darmanin, Bruno Retailleau, Laurent Nuñez.

Les OQTF sont un test élémentaire : une décision administrative débouche-t-elle sur une exécution ?

Le test a été échoué, année après année. En 2022, 134 280 obligations de quitter le territoire ont été prononcées. Depuis 2020, moins de 7 % ont été exécutées selon les données du ministère et de la Cour des comptes. En 2024, le Sénat retient 11,4 %. Sur les neuf premiers mois de 2025, 10,9 %. Neuf décisions sur dix restent lettre morte. L’État signe. Puis il oublie.

Souvenons-nous des promesses. En 2019, le président de la République s’engage à exécuter 100 % des OQTF. Christophe Castaner est alors place Beauvau. Gérald Darmanin la réaffirme en 2021. Quatre ans place Beauvau, une loi immigration en 2024, et un taux d’exécution qui ne décolle pas. Il est aujourd’hui garde des Sceaux : il hérite des prisons saturées après avoir laissé les OQTF inexécutées.

Souvenons-nous aussi des noms que ces chiffres recouvrent. Lola, à Paris, en 2022. Philippine, à Paris, en 2024. Mulhouse, en février 2025. À chaque fois, un auteur sous OQTF. À chaque fois, une décision signée et jamais exécutée.

Signer une obligation de quitter le territoire ne suffit pas à faire respecter cette obligation. Empiler les lois ne suffit pas à maîtriser les frontières. Trois lois en huit ans, 2016, 2018, 2024. Le ministère estime pourtant à 700 000 le nombre d’étrangers en situation irrégulière en France.

Répéter « fermeté » ne suffit pas à protéger les Français. Bruno Retailleau a fait du bras de fer avec l’Algérie sa marque. Résultat : à la mi-février 2026, selon son successeur, aucun laissez-passer consulaire algérien n’avait été délivré depuis le début de l’année. Laurent Nuñez a choisi le dialogue. Résultat : un peu plus de 140 laissez-passer obtenus début mai. Face à près de 22 000 OQTF visant des ressortissants algériens prononcées en 2025. La fermeté a échoué. Le dialogue aussi.

Bruno Le Roux, trois mois. Matthias Fekl, deux mois. Un ministère régalien confié en fin de quinquennat comme on garde une maison avant un déménagement.

Qu’ont-ils obtenu ? Les éloignements progressent : 24 985 en 2025, dont 15 569 forcés, une hausse réelle. Mais une hausse de quelques milliers face à un stock de centaines de milliers. Quels obstacles ont-ils levés ? Les laissez-passer consulaires restent le verrou, et personne ne l’a fait sauter. Quels échecs reconnaissent-ils ? Un seul, et il vient d’être prononcé : après ce week-end, le ministre de l’Intérieur a admis une perte de contrôle.

Tous n’ont pas démérité au même degré. Certains ont légiféré, financé, tenté. Mais tous partagent une même signature : des réformes annoncées, des résultats jamais garantis. L’État change les textes. Il ne sait plus les faire appliquer.

Exiger des comptes suppose trois ruptures. Un bilan public et chiffré, ministère par ministère, à chaque fin de mandat. Des ministres régaliens nommés pour durer, et jugés sur la durée. Une loi évaluée sur son exécution, jamais sur son annonce.

Samedi, la France a brûlé. Lundi, personne n’était responsable. C’est cela, le vrai scandale.

Les Français ont assez entendu les intentions. Ils attendent les bilans. Avec les noms dessus. Et les enseignements pour ne pas recommencer. L’autorité débute ainsi.

Paul Corey