Macron : dire tout et son contraire, avoir toujours raison
Neuf ans de « en même temps » : le droit de changer d’avis, sans jamais reconnaître ses erreurs ni rendre de comptes.

Quatorze réacteurs à fermer en 2018. Six EPR2 à construire en 2022, huit autres à l’étude. Entre les deux, aucune ligne pour dire ce qui avait été mal calculé.
Il existe une méthode infaillible pour ne jamais avoir tort : occuper successivement les deux rives d’une question. Si la première échoue, la seconde attend. Si quelqu’un relève la contradiction, le contexte a changé.
Neuf ans de « en même temps » ont installé au sommet de l’État cet alibi circonstanciel : chaque revirement se justifie par l’époque, jamais par l’examen de la décision précédente.
Le nucléaire en fournit le cas d’école.
Le virage de 2022 se défend, l’urgence climatique et industrielle l’imposait. Mais un pays qui programme la fermeture de ses réacteurs puis commande leur succession en quatre ans mérite de connaître l’erreur qui sépare les deux discours.
Même souplesse sur l’identité.
Socialiste encarté, ministre d’un président socialiste, Emmanuel Macron se déclare non socialiste en 2016, puis promet en 2017 de dépasser la droite et la gauche.
Conviction, méthode ou simple occupation du centre de gravité ? La question reste ouverte.
La dissolution de juin 2024 sert de test.
Le président réclame une clarification. Les urnes lui renvoient une Assemblée fracturée en trois blocs, sans majorité. Un tel choix s’assume pleinement, jusqu’à la démission s’il le faut. Celui qui a seul décidé ne se déclare pas victime.
Faute d’assumer, on accuse.
« Gaulois réfractaires », Français qui « détestent les réformes », « gens qui ne sont rien », chômeur invité à traverser la rue.
En décembre 2018, le chef de l’État admet avoir blessé. L’aveu porte sur le langage mais le diagnostic reste intact.
Reste l’Europe, seule ligne droite de la Sorbonne 2017 à la Sorbonne 2024.
Là, le pari devient vertigineux. La France renonce à se réformer et attend de Bruxelles une porte de sortie par le haut. Or l’Europe vacille. Énergie, agriculture, défense, innovation, prospérité, démocratie : sur chaque front, le continent décroche face aux États-Unis et à la Chine.
Miser sa souveraineté sur une maison qui se lézarde relève de l’acte de foi.
Le débat public devient un théâtre d’ombres où une déclaration répond à une autre et où la question initiale s’évapore. Pour en sortir, trois piliers : le bilan public de chaque revirement, l’évaluation confiée au Parlement et aux institutions de contrôle, la mémoire des engagements confrontés à leur exécution.
Un dirigeant doit pouvoir évoluer. Sa véritable épreuve tient dans sa capacité à expliquer ce qu’il abandonne.
UN SUJET. UN ÉDITO. DES IDÉES. UN FONDS.
Libre. Indépendant. Différent. Nécessaire.
Paul Corey