Pas de rétroviseur, pas de volant
Avant de prendre la route pour 2027...

Ils reviennent. Bronzés, souriants, régénérés. Ils reviennent avec des slogans, des arénas, des plans décennaux. Ils reviennent surtout avec une amnésie clinique parfaitement calibrée.
Dimanche, à l’Adidas Arena, Édouard Philippe a lancé sa campagne devant cinq mille personnes. Un discours personnel, touchant, maîtrisé. Le fils de la classe moyenne, le petit-fils de docker, le père de famille. Tout y était. Tout, sauf un mot. Un nom. Neuf lettres que l’ancien Premier ministre n’a pas prononcées une seule fois : Macron. L’homme qui l’a nommé à Matignon, l’homme dont il a servi le projet pendant trois ans, a disparu du récit. Volatilisé. À croire que le président en exercice s’appelle encore René Coty.
Gabriel Attal fait de même et promet « zéro déficit en 2037 ». Le rendez-vous est dans onze ans, l’audace est plus raisonnable.
Et Bruno Le Maire ? Sept ans à Bercy. Sept ans de « quoi qu’il en coûte », de plans de relance, de budgets insincères. Plus de mille milliards de dette supplémentaire sous sa signature. L’homme qui jurait en 2017 de redresser les comptes publics les a laissés dans l’état d’un navire sabordé avant de quitter le bord, de publier un livre et de se réinventer en Cassandre de la rigueur.
Le pyromane vend désormais des extincteurs. Il en fait même la promotion à la télévision, avec l’aplomb de celui qui n’aurait jamais tenu d’allumette.
Pierre Lellouche, sur CNews, a dit tout haut ce que ce théâtre inspire. Ces anciens Premiers ministres de Macron sont, selon lui, « indignes de se présenter ».
Le mot est dur. Il complète un diagnostic que l’ancien ministre martèle depuis des mois : un bilan économique « catastrophique », un pays « suradministré et sous-gouverné ».
Suradministré et sous-gouverné : quatre mots qui résument un quinquennat mieux que cent pages de programme. Et qui posent la seule question qui vaille : peut-on solliciter les suffrages des Français en effaçant de son curriculum les années où l’on tenait le pays ?
En droit, la responsabilité suit la fonction. En politique, visiblement, elle s’évapore avec le remaniement.
Comprenons-nous bien. Un homme d’État a le droit de changer d’avis. Il a même le devoir d’apprendre de ses erreurs. Mais apprendre suppose de reconnaître. Or que reconnaissent-ils ? Édouard Philippe concède un pudique « je me suis parfois trompé », aussitôt corrigé d’un « j’ai conduit l’État à bon port ».
Bon port ? Trois mille trois cents milliards de dette, des services publics à genoux, une Assemblée ingouvernable. Si c’est le port, on redoute la haute mer.
Le respect des Français commence par la mémoire. Par un inventaire. Par une phrase simple que nul n’ose prononcer : voilà ce que nous avons fait, voilà ce qui a échoué, voilà pourquoi.
Les électeurs de 2027 ne demandent pas des pénitents. Ils demandent des adultes. Des gens capables de regarder leur propre bilan sans détourner les yeux, avant de réclamer les clés pour cinq ans de plus.
Ils veulent l’Élysée. Ils refusent l’inventaire. C’est pourtant le prix d’entrée.
Pas de rétroviseur, pas de volant.
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Paul Corey