Lire le livre

Macron : quand l’enfant-roi gouverne la France

Neuf ans de pouvoir, une certitude ? Macron n’a jamais appris à avoir tort.

Macron : quand l’enfant-roi gouverne la France

Neuf ans à l’Élysée. Et si le vrai problème n’était pas ce qu’Emmanuel Macron pense de la France, mais ce qu’il pense de lui-même ?

« Moi, je suis toujours un enfant ! »

Confiée à Catherine Nay et rapportée par Le Point, la phrase pourrait prêter à sourire. Après neuf ans de pouvoir, elle sonne autrement.

Son livre, Ce pays dont le prince est un enfant, fruit de plusieurs années d’enquête, paraît le 12 novembre chez Plon.

Le titre vient de l’Ecclésiaste, un livre de la Bible hébraïque, repris dans l’Ancien Testament chrétien. En hébreu, il s’appelle Qohélet, « celui qui parle à l’assemblée ». Il fait partie des livres dits « de sagesse », avec les Proverbes et le livre de Job. La tradition l’attribue au roi Salomon, mais les spécialistes le datent plutôt du IIIe siècle avant J.-C.

« Malheur à toi, pays dont le roi est un enfant. »

Le diagnostic n’est pas neuf. Dès 2021, Catherine Nay lâchait « Macron, c’est un enfant ! » Dans son livre, elle y explore une enfance portée par de fortes attentes familiales, une grand-mère, Manette, omniprésente, le sentiment d’être différent, peut-être destiné à davantage.

Rien de tout cela ne constitue une faute. Le problème commence lorsque le sentiment d’être exceptionnel devient une manière de gouverner.

Car que raconte la Macronie depuis 2017 ? L’histoire d’un homme qui prétendait dépasser les partis et a fini par les désorganiser. Qui promettait de réconcilier les Français et laisse un pays profondément divisé. Qui invoque la complexité pour justifier ses contradictions, et change de cap sans reconnaître s’être trompé.

Toujours la même mécanique : quand la réalité contredit le président, c’est la réalité qui aurait mal compris.

L’enfant-roi n’est pas forcément capricieux. Il peut être brillant, cultivé, séduisant, travailleur. Sa difficulté est ailleurs : il peine à concevoir que sa volonté puisse rencontrer une limite légitime.

Or gouverner une démocratie, c’est précisément accepter les limites. Celles des faits, des institutions, des oppositions et, surtout, de ses propres erreurs.

Le politologue Arend Lijphart l’a montré : les démocraties qui partagent le pouvoir gouvernent aussi bien et rassemblent mieux que celles où un seul camp, ou un seul homme, décide de tout.

La maturité politique n’est pas un trait de caractère. C’est une condition de la prospérité.

La France n’est pas une salle de classe où le meilleur élève doit toujours avoir raison. Elle n’est pas davantage un laboratoire où 68 millions de citoyens seraient chargés de vérifier les intuitions d’un seul homme.

Neuf ans après, une question redoutable demeure : Emmanuel Macron a-t-il cherché à transformer la France, ou à démontrer qu’il avait raison de vouloir la transformer ?

Cette lecture psychologique éclaire pourtant une question que les résultats rendent incontournable. Un président peut garder une âme d’enfant. Mais il ne peut pas gouverner comme si le pays était son jouet.

Son mea culpa le plus net, sur la dissolution de 2024, est révélateur. Elle aurait apporté « pour le moment » plus de divisions que de solutions. Pour le moment…

La maturité politique commence pourtant par une phrase plus simple, qu’Emmanuel Macron prnonce si rarement « Je me suis trompé. »

Paul Corey