La censure au nom de la démocratie.
Ils prétendent défendre la liberté et le pluralisme. Leur solution ? Faire taire ceux qui ne pensent pas comme eux.

Il fallait oser. Plus de 700 000 personnes ont signé une pétition réclamant la fermeture de CNews. Pas un débat contradictoire. Pas un appel au boycott. Pas une invitation à changer de chaîne.
Sa disparition. Purement et simplement. Et tout cela, bien entendu, au nom de la démocratie.
Bienvenue dans ce monde merveilleux où l’on défend la liberté d’expression en supprimant celle des autres.
Le texte est édifiant. CNews serait une « machine de propagande ». Ses opinions seraient dangereuses. Son influence serait toxique. Conclusion : il faudrait lui retirer sa fréquence et fermer la chaîne.
Le raisonnement est aussi simple qu’effrayant : ce que nous ne supportons pas d’entendre ne devrait plus pouvoir être entendu.
Soyons clairs. CNews a été sanctionnée pour des manquements à ses obligations. Ces sanctions doivent être appliquées.
Une fréquence publique implique des règles, et personne n’est au-dessus des lois.
Mais il existe un gouffre entre sanctionner une infraction et réclamer la disparition d’un média.
Son nom est connu: l’intolérance politique.
Car enfin, qui décide de ce qui mérite d’être entendu ? Les pétitionnaires ? Les militants ? Une majorité momentanée ? Faudra-t-il demain fermer Libération parce qu’il déplaît à la droite ? Supprimer L’Humanité parce qu’elle défend le communisme ? Interdire Le Figaro parce que ses éditorialistes seraient trop conservateurs ?
La démocratie n’est pas un concours de popularité entre opinions autorisées.
Et le pluralisme ne consiste pas à obtenir que tous les médias pensent la même chose.
Il consiste précisément à permettre qu’ils pensent différemment.
Le plus extraordinaire est que les auteurs de cette croisade se présentent comme les défenseurs de la démocratie. Ils ne voient même plus la contradiction. Ils veulent protéger les citoyens contre les mauvaises idées en leur retirant le droit de les entendre.
C’est le vieux réflexe paternaliste de tous les censeurs : nous savons ce qui est bon pour vous. Nous déciderons de ce que vous pouvez regarder. Et nous appellerons cela votre liberté.
Pourtant, personne n’est obligé de regarder CNews. Une télécommande suffit. On peut contester ses journalistes, démonter leurs arguments, dénoncer leurs excès. On peut même détester cette chaîne.
Mais vouloir la faire disparaître, c’est autre chose.
Et il faut mesurer l’absurdité de la démarche : ces pétitionnaires veulent combattre une influence qu’ils jugent excessive en donnant à une autorité administrative le pouvoir de décider quelle voix doit disparaître du paysage audiovisuel.
Ils dénoncent un pouvoir médiatique pour réclamer un pouvoir de censure.
Une pétition, même massive, n’est ni un jugement ni une preuve. Sept cent mille signatures ne transforment pas une accusation en infraction. Elles ne dispensent pas du droit, de la proportionnalité, ni des libertés fondamentales.
Il y a quelque chose de profondément inquiétant dans cette époque où l’on ne cherche plus à convaincre son adversaire, mais à l’empêcher de parler.
Car une démocratie ne meurt pas seulement lorsque les gouvernants bâillonnent leurs opposants. Elle s’affaiblit aussi lorsque des citoyens commencent à réclamer eux-mêmes le bâillon.
La liberté d’expression ne vaut rien si elle ne protège que les opinions que nous partageons. Une opinion qu’on ne discute pas ne progresse pas. Une opinion qu’on n’a pas le droit de réfuter ne convainc personne.
Sans liberté de contredire, il n’y a plus d’opinions, seulement des certitudes qui tournent en rond.
WOW! Un sujet. Un édito. Des idées en toute liberté.
Paul Corey