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Mandat 2027 : la méthode (6/7)

Commencer par réformer les réformes

Mandat 2027 : la méthode (6/7)

MANDAT 2027 : QUI OSERA DIRE QUE TOUT LE MONDE PAIERA ?

Quinze candidats cherchent encore leur payeur. Le problème français est que l’effort devra être partagé tout de suite, pour que chacun en recueille le rendement plus tard.

Édito WOW! · 2 septembre 2026

Quinze candidatures passées au même tamis. La surprise n’est pas qu’elles comprennent peu. C’est qu’elles comprennent beaucoup. La dette, le décrochage productif, le travail, les retraites, l’efficacité de l’État sont désormais identifiés. Le diagnostic circule, se répète, parfois se recopie.

C’est ensuite que commence le massacre.

Dire que la dette est insoutenable ne coûte presque plus rien. Dire quelle dépense diminuera coûte des voix. Dire que le système de retraites doit changer est devenu banal. Dire qui travaillera davantage l’est beaucoup moins. Promettre de produire plus rassemble. Désigner les protections, les rentes, les normes ou les dépenses auxquelles il faudra renoncer divise immédiatement.

Alors chacun cherche son payeur.

Pour les uns, ce seront les riches. Pour d’autres, les étrangers. Ailleurs, les retraités, les fraudeurs, les agences, les fonctionnaires, les grandes entreprises, les collectivités. La catégorie change avec l’électorat auquel on s’adresse. La mécanique reste la même.

Le payeur idéal est toujours celui dont on espère qu’il votera pour quelqu’un d’autre.

C’est précisément ce que la situation française ne permet plus.

Le modèle social ne se résume pas aux retraites. Il relie la santé, la famille, la dépendance, le chômage, le logement, la solidarité et les pensions. Il relie surtout les actifs aux inactifs, les entreprises aux ménages, ceux qui cotisent à ceux qui reçoivent, les générations présentes à celles qui ne votent pas encore.

Le refonder oblige donc à prononcer la phrase qu’une campagne électorale rend presque impossible : tout le monde devra contribuer à l’effort.

Payer ne signifie pas seulement payer davantage d’impôts. C’est travailler plus, recevoir moins, perdre une protection, une rente ou un avantage. Pas de la même manière. Pas avec la même intensité. Certains travailleront davantage. Certains recevront moins. Certaines prestations progresseront moins vite. Certains patrimoines seront davantage sollicités. Certaines entreprises perdront une aide ou une niche. Certaines administrations disparaîtront. Certaines protections seront redéfinies.

Personne ne peut être déclaré hors du champ avant même que la réforme commence.

Dès qu’un candidat distribue les exemptions avant d’avoir commencé, il reconstitue le système qu’il prétend transformer.

Pourquoi est-il si difficile de le dire ?

Parce que l’effort et son rendement n’arrivent pas au même moment.

On travaille davantage aujourd’hui pour qu’une économie produise davantage demain. On ralentit certaines dépenses aujourd’hui pour retrouver des marges demain. On réforme une administration aujourd’hui pour obtenir un service plus efficace demain. On réduit le déficit aujourd’hui pour consacrer moins d’argent aux intérêts demain. On accepte une contrainte aujourd’hui pour transmettre un pays plus solide demain.

Le sacrifice se voit immédiatement. Le dividende met des années à apparaître.

C’est toute la difficulté politique du sursaut.

Réduire la dette n’a pas pour objet d’enrichir l’État. Rendre une administration plus efficace n’a pas pour objet de satisfaire l’administration. Ramener une caisse sociale à l’équilibre n’a pas pour objet de servir la caisse. Le bénéficiaire final est ailleurs.

C’est le Français qui retrouve du revenu disponible lorsque les prélèvements diminuent enfin. C’est le patient qui retrouve un système de santé capable de le prendre en charge. C’est l’entrepreneur qui investit dans une économie moins encombrée. C’est le salarié dont le travail finance davantage son niveau de vie et moins le coût des déséquilibres accumulés. C’est la génération suivante qui reçoit un patrimoine national moins grevé par la dette.

L’effort appartient au présent. Le rendement appartient à l’avenir.

Toute la politique électorale pousse pourtant à raconter l’inverse : faire croire que le rendement commencera immédiatement et que l’effort partira ailleurs. La croissance paiera. L’intelligence artificielle paiera. Les fraudeurs paieront. Les riches paieront. Les étrangers paieront. Les agences paieront. Et chacun conservera l’essentiel de ce qu’il possède déjà.

C’est la campagne à crédit : distribuer aujourd’hui le rendement d’une réforme dont personne n’assume encore le coût.

C’est ici que le problème économique devient un problème démocratique.

Comment demander à des électeurs de voter pour un effort dont ils supporteront une partie dès le début du mandat, quand le bénéfice complet apparaîtra des années plus tard ?

C’est exactement à cela que sert un mandat.

Il ne promet pas que personne ne perdra. Il dit ce qui sera demandé, à qui, pendant combien de temps et pour obtenir quoi. Il transforme une addition de sacrifices particuliers en contrat collectif.

La justice cesse alors de consister à chercher une catégorie assez minoritaire pour lui présenter toute la facture. Elle consiste à répartir l’effort de manière compréhensible et supportable, puis à rendre visible son rendement.

Voilà ce que les quinze candidatures révèlent.

Presque tous ont compris qu’il faudra agir. Beaucoup commencent à dire comment. Très peu acceptent encore de dire que leurs propres électeurs participeront eux aussi au prix du redressement.

Il n’existe pourtant pas de sursaut dans lequel chacun conserve immédiatement tout ce qu’il possède et reçoit davantage demain.

L’effort sera collectif. Son rendement reviendra à chacun.

C’est le contrat le plus difficile à faire voter. C’est aussi le seul qui tienne.

En 2027, la question n’est plus qui paiera. Elle est qui osera dire que ce sera tout le monde.

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Paul Corey