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École : garantir le socle, ouvrir les parcours

L’école de la République ne garantit plus l’essentiel

École : garantir le socle, ouvrir les parcours

88 % des Français placent l’éducation parmi les toutes premières priorités du prochain président, et 47 % ne croient plus à l’égalité des chances par l’école. Le pays qui faisait monter les enfants d’ouvriers ne garantit plus à chacun de savoir lire, écrire et compter. Chaque candidat promettra de redresser l’école. Un seul acte permet de le faire avant 2032.

Commençons par le mécanisme, car il commande tout le reste. Un enfant qui ne lit pas couramment à l’entrée en sixième aborde chaque matière avec un handicap. L’histoire exige de lire, les sciences exigent de compter, et le problème de mathématiques commence par un énoncé. Le retard pris en primaire ne se rattrape presque jamais : il s’additionne. Le collège hérite de ce que le primaire n’a pas donné, le lycée de ce que le collège n’a pas réparé.

L’école française ressemble à une maison dont on refait chaque année les étages en laissant les fondations se fissurer. Réformes du collège, du lycée, du baccalauréat : les étages changent, les fondations restent. Aux dernières enquêtes internationales, les élèves français de CM1 figurent parmi les derniers d’Europe en mathématiques.

Le second mécanisme aggrave le premier. Depuis 1975, le collège unique fait suivre à tous les élèves le même parcours, au même rythme, quel que soit leur niveau. L’intention était l’égalité. Le résultat est inverse. L’élève qui n’a pas les fondamentaux s’assoit pendant quatre ans dans une classe qui avance sans lui, et décroche en silence. L’élève doué s’ennuie. Et les familles qui le peuvent contournent la règle, par l’option, le quartier ou le privé : 82 % des Français jugent le choix de l’établissement réservé aux familles aisées. Le collège unique reste unique pour ceux qui ne peuvent pas en sortir. Retenir chacun dans le même moule accroît les inégalités qu’il prétendait effacer.

Le Mandat fixe donc un résultat. En 2032, 90 % des élèves au niveau attendu en français et en mathématiques aux évaluations nationales de sixième, selon un indicateur stable défini en 2027, et aucun département sous 80 %. Un second compteur le contrôle : la position de la France aux enquêtes internationales, qu’aucun gouvernement français ne rédige.

Pour y parvenir, quatre leviers existent. Recruter, former et garder les professeurs. Recentrer le primaire sur les fondamentaux. Confier la mesure du résultat à un arbitre indépendant. Ouvrir les parcours au collège. Examinons-les un à un.

Les professeurs sont indispensables. Aucune réforme ne passe la porte de la classe sans quelqu’un pour l’y porter, et les concours ne font plus le plein. Mais ce levier bute sur la même horloge que la formation des médecins : un professeur recruté en 2028 pèsera peu sur les résultats de 2032. Et un salaire relève du fonctionnement, que la règle d’or du chapitre des comptes publics oblige à financer par des économies, dont le plan d’intelligence artificielle fournira une part. C’est la réponse de la génération suivante. Elle doit commencer maintenant, mais elle ne délivrera pas le résultat du mandat.

Reste d’abord le seul levier qui agit sur les élèves déjà assis en classe : le temps. Sur le papier, le français et les mathématiques occupent déjà plus de la moitié de l’horaire du primaire. Dans les faits, chaque année apporte une nouvelle sollicitation, une journée thématique, une « éducation à » de plus, et chacune se prend sur les mêmes heures. Le temps des fondamentaux ne se supprime jamais, il s’érode. 48 % des Français demandent ce recentrage : c’est l’une des rares attentes où le public devance l’institution.

Ce recentrage exige un arbitre. L’Éducation nationale produit elle-même le principal chiffre qui la juge. Ses évaluations sont standardisées, leur correction automatisée, leur méthodologie publiée : leur sérieux n’est pas en cause. Le problème est institutionnel. Celui qui conduit une politique ne devrait pas être seul à dire si elle a réussi. On retrouve l’élève qui corrige sa propre copie, déjà rencontré au chapitre des comptes publics.

Reste enfin l’ouverture. Une fois le socle acquis, chaque élève doit pouvoir avancer à son rythme. Au collège, le français et les mathématiques s’enseignent par groupes de niveau, pour que le plus faible rattrape et que le plus fort accélère. Ces groupes ont été esquissés en 2024, puis largement assouplis : le Mandat les rend obligatoires. Et les voies se diversifient plus tôt : apprentissage, voie professionnelle, parcours d’excellence, tous ouverts avant la fin du collège et tous respectés. Un métier choisi à quatorze ans vaut mieux qu’un échec subi jusqu’à seize.

Le socle et l’ouverture forment un tout, et c’est ce qui rend l’acte indivisible. Sans le socle, l’ouverture devient un tri : l’élève orienté tôt vers un métier y est envoyé par l’échec. Avec le socle, il la choisit. Sans l’ouverture, le socle reste enfermé dans un moule unique qui laisse décrocher ceux qu’il devait porter. Ensemble, ils tiennent la promesse que le point de départ ne décide plus du point d’arrivée.

Le droit, ici, n’offre aucune excuse. Ni traité, ni révision constitutionnelle. Les programmes, les horaires, les groupes et les évaluations relèvent du règlement. L’organisation des parcours au collège et l’autorité indépendante d’évaluation appellent une loi ordinaire. C’est le chapitre où l’écart entre ce qui est juridiquement possible et ce qui est réellement fait est le plus grand de toute la série. Rien n’empêche. Tout reste à décider.

Le calendrier, lui, ne pardonne rien. Un enfant qui entre au CP en septembre 2027 arrive en sixième en septembre 2032, quelques mois après la fin du mandat. Le résultat de 2032 portera donc sur des élèves déjà scolarisés, et chaque année perdue au début du mandat se paie d’une génération.

Ce chapitre compte davantage que les autres. L’école est le capital dont tous les autres dépendent : la productivité du pouvoir d’achat, les médecins de la santé, les ingénieurs de l’énergie et de la défense. Un enfant abandonné par l’école est une injustice, et un actif détruit que le pays paiera pendant soixante ans.

Chaque candidat choisira ses programmes, ses méthodes, l’âge et la forme des parcours. Le Mandat exige seulement le socle et l’ouverture, dans cet ordre.

L’acte minimal du Mandat, pour ce chapitre : le socle et l’ouverture. Un primaire consacré d’abord à lire, écrire et compter, aux horaires sanctuarisés et aux résultats mesurés par une autorité indépendante du ministère. Puis un collège qui enseigne les fondamentaux par groupes de niveau et ouvre, avant sa fin, des voies diversifiées et respectées. Tout programme qui ne le comporte pas ne répond pas à ce que les Français demandent.

En 2032, la question n’est plus de savoir ce que l’école enseigne. Elle est de savoir ce que chaque enfant sait, et jusqu’où il peut aller.

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Paul Corey