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Maxime Saada

La vérité des résultats face au délit d'intention

Maxime Saada

Pendant longtemps, Maxime Saada est resté dans l’ombre. Pas de carrière de vedette, pas de goût pour les plateaux télévisés, pas de déclarations tonitruantes. Son domaine, c’est la stratégie. Et pourtant, en vingt ans, cet ancien de Sciences Po et d’HEC est devenu l’un des dirigeants les plus aboutis de l’audiovisuel européen.

Né le 9 juin 1970 à Boulogne-Billancourt dans une famille de pharmaciens d’origine tunisienne, il rejoint Canal+ en 2004 comme directeur de la stratégie. À l’époque, le groupe est encore une référence de la télévision française. Il gravit méthodiquement tous les échelons : Canalsat en 2007, direction commerciale en 2009, direction générale adjointe en 2013. En moins d’une décennie, il devient le numéro deux de l’entreprise.

En juillet 2015, Vincent Bolloré lui confie la direction générale de Canal+. La mission est risquée. La chaîne perd des abonnés, accumule les difficultés et affiche plus de 260 millions d’euros de pertes annuelles. Beaucoup annoncent alors le déclin irréversible du groupe.

Les résultats lui donneront tort. En onze ans, Canal+ passe d’environ 11 à plus de 40 millions d’abonnés. Le groupe se transforme en acteur international, notamment grâce à son développement africain. En 2025, le rachat de MultiChoice pour près de 3 milliards de dollars fait de Canal+ le leader de la télévision payante en Afrique, présent dans près de 70 pays.

Pourtant, une partie du débat public semble moins intéressée par ces résultats que par une question récurrente : Maxime Saada est-il trop fidèle à Vincent Bolloré ?

L’accusation est curieuse. Dans n’importe quel autre secteur, la loyauté d’un dirigeant envers l’actionnaire qui l’a nommé serait considérée comme une évidence. Chez Canal+, elle est régulièrement présentée comme un soupçon. Comme si la fidélité à la stratégie définie par les propriétaires constituait en soi une faute.

Cette critique repose souvent sur un raisonnement implicite : puisque Vincent Bolloré possède l’entreprise, ses collaborateurs seraient nécessairement les instruments de ses convictions personnelles. La démonstration est rarement étayée. Elle tient davantage du procès d’intention que de l’analyse factuelle. Peu de dirigeants français ont vu leurs résultats économiques autant relativisés au profit d’interrogations sur leurs supposées motivations.

La polémique atteint un nouveau sommet en mai 2026. Après une tribune signée par près de 600 personnalités du cinéma dénonçant l’influence de Vincent Bolloré, Maxime Saada annonce que Canal+ cessera de collaborer avec les signataires. Ses adversaires dénoncent une sanction politique. Ses soutiens soulignent une évidence plus terre à terre : aucune entreprise privée n’a l’obligation de financer, promouvoir ou employer des personnes qui accusent publiquement son principal actionnaire de dérives idéologiques.

Au fond, le cas Saada révèle une singularité française. Lorsqu’un industriel dirige avec succès une entreprise automobile, aéronautique ou de luxe, sa fidélité à l’actionnaire est considérée comme normale. Lorsqu’il s’agit d’un groupe de médias, cette même fidélité devient soudain suspecte. Comme si la propriété privée cessait d’être légitime dès lors qu’elle concerne l’information ou la culture.

On peut naturellement discuter les choix éditoriaux de Canal+, comme ceux de n’importe quel média. Mais réduire onze années de transformation industrielle, de croissance internationale et de redressement économique à une simple proximité avec Vincent Bolloré revient à passer à côté de l’essentiel.

L’histoire retiendra probablement moins les procès d’intention que les résultats. Et sur ce terrain, Maxime Saada a transformé une chaîne française en difficulté en un groupe mondial de plus de 40 millions d’abonnés.

Paul Corey