Lire le livre

MÉDIAS : ce qui a changé

On lisait pour savoir. Maintenant on scrolle pour oublier.

MÉDIAS : ce qui a changé

En 1930, on lisait le journal pour savoir. Aujourd’hui, on scrolle pour oublier.

D’abord, la presse écrite. En 1930, la France est au sommet de l’âge d’or de la presse. Paris-Soir atteint 2 millions d’exemplaires quotidiens. Le Petit Parisien tire à 1,3 million. Au total, 12 millions d’exemplaires de quotidiens circulent chaque jour pour 42 millions d’habitants.

En 2026, la presse quotidienne diffuse environ 7 millions d’exemplaires par jour pour 68 millions d’habitants. Le rapport au journal s’est effondré.

La radio émergeait à peine. En 1930, la France compte environ 1,2 million de postes de radio. La première émission date de 1921. Le journal parlé existe depuis 1925 mais reste embryonnaire. À la fin des années 1930, plus de 5 millions de foyers sont équipés, et plus de la moitié des Français écoutent la radio quotidiennement. La radio était alors le média de l’immédiateté.

La télévision n’existait pas. En 1930, elle n’est qu’une curiosité de laboratoire. Les premières.émissions expérimentales débutent dans les années 1930 à Londres. En France, la télévision ne se démocratisera qu’après 1950. Aujourd’hui, 93 % des foyers sont équipés, mais le temps passé devant la télévision traditionnelle décline au profit du streaming.

Les sources d’information se sont fragmentées. En 1930, l’information vient de quelques grands quotidiens nationaux, des journaux régionaux et de la radio naissante. Les actualités filmées au cinéma complètent le tableau. Aujourd’hui, les Français s’informent via des dizaines de chaînes de télévision, des milliers de sites internet, les réseaux sociaux et les podcasts. La surabondance a remplacé la rareté.

La confiance s’est effondrée. Dans les années 1930, malgré la propagande et les scandales, le journal reste une institution respectée, « un guide, un éducateur, un directeur de conscience » selon les mots d’un observateur de l’époque. Aujourd’hui, moins de 30 % des Français font confiance aux médias. La défiance est devenue la norme.

Le numérique a tout bouleversé. Les sites et applications de presse cumulent 78 millions de visites par jour. 86 % de cette consultation se fait sur mobile. Les réseaux sociaux sont devenus la première source d’information des jeunes.

Le modèle économique de la presse s’est effondré : la publicité a migré vers les plateformes numériques. Le temps d’attention s’est fragmenté. En 1930, lire le journal était un rituel quotidien de 30 minutes ou plus. Aujourd’hui, le temps moyen passé sur un article en ligne est de quelques secondes. Le scroll infini a remplacé la lecture attentive. L’information est consommée en flux continu, sans hiérarchie ni profondeur.

Ainsi, en moins d’un siècle, les Français sont passés d’un paysage médiatique où quelques journaux puissants structuraient l’opinion publique à un écosystème fragmenté, défiant et saturé, où l’information circule instantanément mais où la compréhension du monde manque paradoxalement.

Paul Corey