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Minerais critiques : le libre-échange est-il encore tenable ?

Édito WOW! · 12 juin 2026

Minerais critiques : le libre-échange est-il encore tenable ?

Pendant trente ans, l’Occident a cru qu’ouvrir les frontières suffirait à pacifier le monde. Aujourd’hui, un seul pays raffine près de 90 % des terres rares de la planète, et ce qui ressemblait à une simple chaîne d’approvisionnement est devenu un levier de puissance. La paix par le commerce avait un angle mort : la matière première.

La mondialisation a changé de nature. Longtemps système d’échanges, elle est devenue théâtre de puissance. Le cœur du jeu s’est déplacé des biens finis vers la matière qui les rend possibles. Lithium, cobalt, nickel, graphite, terres rares. Sans eux, pas de batterie, pas d’éolienne, pas de radar, pas de réseau électrique.

La carte des gisements et des raffineries est devenue la carte du pouvoir au XXIe siècle.

Les chiffres dessinent un monde qui n’a plus rien d’ouvert. L’Indonésie assure près de 63 % de la production minière mondiale de nickel et fixe les cours par ses quotas. La Chine extrait environ 70 % des terres rares, en raffine près de 90 %, et traite la quasi-totalité des terres rares lourdes indispensables aux aimants, aux radars et aux missiles.

La puissance se loge moins dans le filon que dans l’usine de transformation, ce maillon que l’Occident a délaissé.

Celui qui contrôle la ressource contrôle ceux qui en dépendent.

La France découvre sa vulnérabilité. Elle veut produire des batteries et des aimants, mais importe la quasi-totalité de son lithium, de son cobalt et de ses terres rares, dont plus de 90 % viennent de Chine.

Aucune mine métallique stratégique n’a ouvert en métropole depuis plus de trente ans, et en ouvrir une exige huit à douze ans de procédures, quand un cycle technologique se renouvelle en trois ou quatre. Le décalage est structurel.

Ce retard a un nom : la grande démission minérale.

Dans les années 1990 et 2000, l’Europe a abandonné la métallurgie jugée polluante et peu rentable. Tant que les prix restaient bas, personne ne voulait voir que le modèle abritait une bombe à retardement. Pendant qu’on débattait de l’empreinte carbone d’une carrière en Auvergne, l’Indonésie bâtissait un empire du nickel et la Chine verrouillait le raffinage planétaire.

Reste le mythe le plus tenace : la vertu sans effort. Il n’existe pas de transition sans extraction, sans raffinage énergivore, sans métallurgie lourde.

Le réveil est réel, mais lent. Via France 2030, un milliard d’euros a été fléché vers les métaux critiques, et un Fonds Métaux Critiques vise deux milliards. Le 5 mai 2026, à Lacq, les ministres Roland Lescure et Sébastien Martin ont présenté un plan national de résilience consacré aux terres rares et aux aimants permanents. « Nous devons éviter de remplacer une dépendance au pétrole par une dépendance aux métaux critiques », a résumé le ministre de l’Économie.

Le tempo est cruel. Reconstruire une filière minière et métallurgique se compte en décennies ; la dépendance se mesure en mois, le temps d’une restriction d’exportation.

La guerre des minerais sera gagnée par ceux qui accepteront dès maintenant de creuser, de raffiner et d’assumer le coût matériel de leur indépendance. Les autres parleront encore de transition et paieront leur retard au prix fort.

En 2026, la question n’est plus de savoir si le libre-échange est vertueux. Elle est de savoir s’il est encore tenable.

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Paul Corey